introduction
Imaginez Michel Serrault, énervé, s’adressant à Stéphane Bern : « Mais il veut que je raconte ma vie ? ! ! » Réponse de l’intéressé, grand sourire aux lèvres : « Mais vous êtes là pour ça ! » Cette scène s’est passée en septembre 2003, lors du premier numéro du nouveau talk-show de Canal +, 20h10 pétantes. Le genre de scène que l’on voit quotidiennement sur le petit écran. A tel point qu’on n’y trouve rien de choquant. C’est vrai : plutôt banal que de voir des animateurs de télévision demander à des stars, en l’occurrence de cinéma, de « raconter leur vie ».
Seulement, ce genre de situation participe à ce qu’on appelle la « peopolisation » du cinéma. C'est-à-dire qu’on fait dans le people ! On ne demande pas aux stars de cinéma de parler avec pertinence de leur actualité, de leur film ou de leur métier. On leur demande d’être là, simplement. De faire acte de présence, de raconter leur vie (et des « potins »). Et si possible d’assurer le show pendant l’émission. Forcément, c’est mieux pour faire de l’audience quand un acteur se donne en spectacle, tel un Luchini, un Poelvoorde ou encore un Delon.
Le cinéma façon people à la télévision, comme on en trouve dans les talk-shows de Marc-Olivier Fogiel ou de Thierry Ardisson, n’a rien de bien méchant en soi. Il en faut, comme il faut de la presse people ! La seule chose, c’est que cette « peopolisation » du cinéma s’est peu à peu substituée à de vrais propos cinéphiles. Bien sûr, il n’y a pas eu tant d’émissions cinéphiliques que cela sur le petit écran, mais on note depuis une dizaine d’année un véritable dépérissement du genre. Le constat est simple : aujourd'hui, le cinéma est très présent à la télé, mais uniquement ou presque dans le cadre de divertissements.
On peut donc se poser la question : pourquoi ne parle t-on jamais ou presque de cinéma de manière cinéphile sur les chaînes généralistes ?
L’émission Comme au cinéma avait justement pour but de pallier ce manque, au moment de sa création, il y a six ans sur France 2. L’idée était de renouer avec un grand rendez-vous de cinéma sur le service public. Laisser la parole à ceux qui font le cinéma, à ceux qui nous font rêver et que justement on entend très peu s’exprimer aujourd'hui sur le petit écran (à moins d’avoir la câble ou d’être insomniaque !). Mais cette émission a été modifiée de nombreuses fois depuis sa création, elle a été très critiquée par le milieu du cinéma et aujourd'hui ses audiences sont très erratiques : le numéro de mai 2004 n’a fait que 10,6 % de parts de marché, soit 600 000 téléspectateurs (l’année précédente, Comme au cinéma rassemblait plus d’un million de fidèles). L’avenir de cette émission est donc sérieusement en sursis…
Faut-il donc en déduire qu’il est difficile aujourd'hui de proposer une émission de cinéma grand public sur une chaîne généraliste ? Pourquoi ? Quels types d’émissions y a t-il aujourd'hui ? A quoi ressemblaient les émissions de cinéma d’autrefois ? Cette difficulté à faire une émission de cinéma n’est-elle pas liée à la complexité des relations cinéma-télévision que l’on considère ambiguës voire incestueuses ? Et d’où provient cette banalisation du cinéma à la télévision, que l’on peut constater dans les talk-shows parlant de cinéma ?
Beaucoup de questions doivent être soulevées donc. A travers le cas de l’émission mensuelle Comme au cinéma, il s’agira de faire une mise au point sur la difficulté de proposer une émission de cinéma grand public sur une chaîne généraliste. Avec dans un premier temps, un retour dans le temps pour savoir ce qu’il se faisait auparavant en matière de magazine de cinéma à la télévision, puis un zoom sur l’émission Comme au cinéma. Dans un deuxième temps, différentes pistes de réflexion seront abordées pour tenter de comprendre d’où provient la banalisation du cinéma qui selon toutes vraisemblances a beaucoup nui à la qualité des émissions de cinéma grand public.
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Publié dans : mémoire
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