Vendredi 13 octobre 2006
C’est l’un des grands débats qui anime cette rentrée télé : pour ou contre le retour du film du dimanche soir ? Début septembre, TF1 décidait d’arrêter la sacro-sainte diffusion de films en prime-time le dimanche, au moins jusqu’à janvier 2007. Etienne Mougeotte a revu sa copie depuis, mais la fiction télé reste le programme phare de ce début de saison télé et les chaînes hertziennes s’arrachent actuellement les dernières séries à succès au Marché International des programmes à Cannes.

On ne compte plus les nouvelles séries, les nouvelles saisons, les téléfilms événements ! Il y a les incontournables comme 24, Lost ou Desperates Housewives. Il y a les femmes présidentes qui n’arrivent pas à atteindre L’Etat de Grace et les empoisonneuses qui font exploser les audiences de TF1. Et puis, il y a les recrues de la rentrée aux audiences déjà infaillibles : Prison Break ou encore Grey’s Anatomy, qui a connu cette semaine les honneurs du prime-time. Car non seulement le choix en terme de fiction télé est de plus en plus vaste,  mais surtout ces séries trouvent maintenant de plus en plus leur place en prime-time, quel que soit le jour, même le dimanche, et même sur TF1 !
C’est cette décision qui a marqué la conférence de rentrée de TF1 début septembre, et même la rentrée télé tout court. Etienne Mougeotte a annoncé arrêter la diffusion du film de première partie de soirée le dimanche, au profit de la série Les Experts. Décision prise jusqu’à janvier 2007, dans un premier temps ; finalement, le film du dimanche devrait revenir en prime-time avant Noël  (Etienne Mougeotte l’a révélé dans un entretien au journal Le Monde daté du 11 octobre ; il a précisé que la disparition des films étaient temporaire dès le départ). Un réajustement sans doute lié aux vifs débats qui agitent le milieu du cinéma depuis quelques semaines. Comme TF1 était la dernière chaîne hertzienne à diffuser régulièrement des films dans cette case, beaucoup ont vu en cette décision, le sacrifice d’une institution vieille de 50 ans ! Pour le producteur Alain Terzian qui s’exprimait hier sur Europe 1, c’est « une faute morale, socio-culturelle et financière ». Pour le réalisateur Claude Lelouch, « ce n’est même plus un divorce : on est carrément cocus ! Les films subissent la dictature de la télévision. » (dans Le Parisien du 9 septembre). Même mécontentement du côté des téléspectateurs. Selon une enquête du Parisien, près d’un Français sur 2 désapprouve la disparition du film du dimanche soir (52% approuve, 34% n’approuve pas, 14% ne s’expriment pas ; sondage mené par Le Parisien les 6 et 7 septembre dernier).

Séries chéries
Cette agitation médiatique est assez étonnante sachant que TF1 n'est pas la première chaîne à programmer des séries télé en prime-time le dimanche. En fait, Etienne Mougeotte n'a fait que rendre la pareille à France 2, qui a régulièrement pris la tête des audiences du dimanche grâce à une série! France 2 programme régulièrement des séries américaines en prime-time le dimanche depuis 1996. La première fois, c'était avec Urgences.

Les séries sont devenues le filon pour décrocher de bonnes audiences, de manière régulière et sur un public intéressant pour les annonceurs (les séries sont très prisées par les jeunes et les « ménagères de moins de cinquante ans »). Elles permettent, qui plus est, de placer davantage d'écrans publicitaires car un épisode dure traditionnellement 52 minutes. Enfin, elles coûtent moins cher : un épisode coûte environ 100 000 euros alors qu'un film de cinéma grand public vaut environ un million d'euros. Toutes les chaînes hertziennes ont donc misé en cette rentrée sur la fiction : augmentation des exportations et de la production. Et en ce moment, elles tentent chacune de décrocher l'exclusivité des séries qui cartonnent aux Etats-Unis, à l'occasion du MIP (Marché international des programmes qui se tient tous les 6 mois à Cannes). Elles augmentent également toutes ostensiblement leur budget dévoué à la création. A la rentrée, France 2 a annoncé désormais consacrer un million par jour à la fiction. Quant à TF1, Etienne Mougeotte dit vouloir « accélérer la production de 52 minutes, comme R.I.S. police scientifique et Paris Section Criminelle, avec Vincent Perez, franchise de Law and Order ».

Le nombre de films en hertzien divisé par trois en vingt ans
Elle paraît loin l'époque où les chaînes télé se faisaient taper sur les doigts parce qu'elles dépassaient le quota de films qu'elles pouvaient programmer… En 1987, FR3 avait été sommée par les exploitants de salle (la FNCF, Fédération nationale des cinémas français) de respecter son quota de films autorisés, à savoir 192 films (dont 144 en prime-time) ! Dans les années 80, les chaînes voulaient diffuser toujours plus de films. De fait, la réglementation était très stricte : impossible par exemple de proposer des longs métrages le mercredi soir, jour de sortie des films au cinéma. (1)

Presque vingt ans plus tard, la réglementation s'est un peu assouplie (Canal+ par exemple peut désormais diffuser des films en prime-time le samedi) et la politique de diffusion de films a complètement changé. De près de 200 films par an, les chaînes proposent désormais une soixantaine de films (2). Cette saison, TF1 a annoncé qu'elle allait programmer 65 films seulement (soit dix de moins par apport à 2005). A vrai dire, un premier tournant s'était opéré au début des années 2000 avec l'arrivée de la télé-réalité. Les chaînes hertziennes avaient pu constater que les films n'étaient plus automatiquement générateurs d'audience. En 2003, par exemple, seuls 17 films figuraient parmi les 100 meilleures audiences hertziennes de l'année.

On peut regretter que la quantité ne soit pas forcément supplantée par la qualité. D'autant que les chaînes câblées et satellites ne sont encore que dans une minorité de foyers. Le débat est passionné et passionnant. Et il n'est pas terminé ! Renaud Donnedieu de Vabres a appelé à une réflexion sur le septième art à la télévision pour bientôt.

(1) Restrictions concernant la diffusion des films à la télévision en hertzien : le mercredi soir, à l'exception des oeuvres d'art et d'essai diffusées après 22 h 30 ; le vendredi soir, à l'exception des œuvres d'art et d'essai diffusées après 22 h 30 ; le samedi toute la journée et le dimanche avant 20 h 30.

(2) Des syndicats et associations de la profession réclament une réflexion sur le quota de 144 films maximum en prime-time par an et par chaîne. Pour certains, il est considéré comme obsolète. Par exemple, cet été, France 2 aurait cherché à combler son retard dans la diffusion de films en programmant des longs métrages le lundi, et le mardi après minuit. suite de l'article sur www.imedias.biz
par tronche de cinoche publié dans : Dossiers
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