De la super production française au film d?auteur danois, de la petite comédie romantique au thriller à l'américaine, Jean-Marc Barr est partout où on ne l'attend pas. Le parcours du héros du Grand Bleu est comme une leçon de cinéma, à travers les courants esthétiques et les choix artistiques. Coup de projecteur sur celui qui signe un retour remarqué à la réalisation avec Chacun sa nuit.
Il y a longtemps que l'on avait pas vu sa gueule d'ange et son sourire ravageur. Jean-Marc Barr, plutôt discret habituellement, est partout en ce moment, pour mener sa grande opération séduction. Une opération présentation et promotion de son dernier film en tant que réalisateur. Après avoir fait la tournée des salles obscures de province, il enchaîne à présent les plateaux télé et radio, jusqu'à la sortie de Chacun sa nuit mercredi.
Et, bonne nouvelle, l'idole de la « génération Grand Bleu » est une fois de plus là où on ne l'attend pas. Son nouveau film, co-réalisé avec son fidèle partenaire Pascal Arnold, est beaucoup plus accessible et abouti que ses précédentes réalisations. Chacun sa nuit est un film sur des « adulescents » en quête de sens, avec une bande de jeunes acteurs prometteurs.
S'il fallait donner une logique au parcours personnel et artistique de Jean-Marc Barr, on pourrait dire que l'acteur-réalisateur-producteur cherche en permanence à être là où on ne l'attend pas. Après le succès phénoménal du Grand Bleu, on l'aurait facilement imaginé endosser le rôle du nouveau jeune premier du cinéma français. Mais non, presque trop simple ! Jean-Marc Barr tourne le dos à ce qu'il appelle l'effet « perfume of the month » (parfum du mois). Celui qu'on oublie vite après avoir été sous le feu des projecteurs. A quelques exceptions près (comme son étonnante participation au casting de Folle d'elle de Jérome Cornuau, où il campe un faux gay aux côtés d?Ophélie Winter), chacun des films sur lesquels il s'engage devient un pari artistique.
L’emballement autour du film phénomène Le Grand bleu le conduit d’abord vers l’intimité d’un théâtre londonien pour jouer une pièce du torturé Tennessee Williams. Mais très vite, il regagne les plateaux de cinéma du continent pour enchaîner les projets les plus risqués : son premier film après Le Grand bleu est Le Brasier dans lequel il interprète un mineur de fond aux côtés de Maruschka Detmers. Un film sombre qui sera un échec. Puis Jean-Marc Barr débute sa collaboration avec Lars von Trier, l’un des fondateurs du Dogme (un mouvement lancé par des réalisateurs danois pour lutter contre les superproductions, les artifices et les effets spéciaux dans le cinéma contemporain et revenir à une sobriété originelle plus expressive, selon la définition de Wikipédia). Son premier film sous la direction du réalisateur danois est Europa. Un film que Jean-Marc Barr défini comme l’antithèse du Grand Bleu. Un film qu’il a choisi pour son côté alternatif, éloigné des produits homogénéisés à l’américaine. Peu connu du grand public (à l’époque le Dogme n’existe pas encore ; il a vu le jour un soir de « cuite » (selon la définition de Barr !) en 1995), Europa est un film quasi expérimental qui fait penser par certains aspects aux travaux des Surréalistes. Europa est comme une plongée hypnotique au cœur de l’Allemagne d’après-guerre. Jean-Marc Barr devient l’un des acteurs fétiches de von Trier : il participe à Breaking the waves, Dancer in the dark, Dogville et Manderlay.
Un univers foisonnant et éclectique
Entre chacun de ces films, Barr va également s’essayer à quasi tous les genres existant au cinéma: la comédie dramatique aux côtés de Gérard Lanvin et Bernard Giraudeau dans Le Fils préféré, le film d’aventure historique dans St Ives ou encore le thriller avec La Sirène rouge. Un parcours initiatique pour ce touche-à-tout qui va se lancer dans un projet ambitieux en tant que réalisateur. Avec Pascal Arnold, il met au point sa « Free trilogy » sur la liberté d’aimer et de penser. Lovers, Too much flesh et Being Light s’inspirent largement du Dogme avec son côté artisanal assumé : les trois films sont tournés à la caméra DV et privilégient tous trois la « liberté créatrice » chère à Jean-Marc Barr à l’esthétique léchée des films où les belles images priment.
Chacun sa nuit, qui sort en salles mercredi, prend ses distances avec la rigidité du feu Dogme. Barr et Arnold ont conservé la caméra DV et une esthétique du vrai (filmant au plus près les corps). Mais ce film qui montre le corps comme arme est avant tout une ode à la sensualité. Le corps est filmé dans sa réalité mais chorégraphié magistralement : les protagonistes de Chacun sa nuit rayonnent par leur beauté et leur jeunesse. Chacun sa nuit montre des contrastes intéressants : la beauté dans la mort, la violence dans l’amour, l’espoir dans la perte d’un être cher. Un film qui peut être une belle entrée en matière aux non-initiés dans l’univers foisonnant et éclectique de Jean-Marc Barr.
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