Mercredi 24 janvier 2007

en association avec le site www.imedias.biz

Court-Circuit est une émission de référence dans le milieu du court métrage. N’est ce pas compliqué d’imposer une nouvelle formule aux fidèles de l’émission ?
Je ne crois pas. Arte a constaté un effritement de l’audience donc cherche un peu à repositionner cette case là, en conservant l’esthétique, mais en essayant de gagner un nouveau public. La formule de départ, c’était de passer d’un magazine de fond à un magazine peut être un peu plus léger, présentant davantage le court métrage en train de se faire. Etre un peu plus vivant, plus accès sur les making off, sur l’artisanat du court métrage. Cela n’empêche pas de rester dans la ligne éditoriale précédente, exclusivement centrée sur le court métrage de création. On fera aussi des sujets sur les problématiques économiques par exemple.
L’autre sujet de réflexion lorsque l’appel d’offre a été lancé pour Court-Circuit, c’était comment réagir, domestiquer ce qui est en train de se passer avec les sites communautaires, les myspace. Comment essayer de rebondir sur ces nouveaux modes de diffusion en séduisant ces communautés dans un cadre éditorial plus ambitieux, moins anarchique ?
On ne cherche pas à privilégier la création numérique. Simplement, c’est vrai que toutes les chaînes se posent des questions en ce moment : Internet devient un mode de diffusion gratuit et beaucoup plus ouvert que le programme télévisuel figé. Donc la réflexion d’Arte pour ce qui est du court métrage, c’est de se dire : profitons du média Internet pour attirer ce public qui va chercher des courts métrages ou des créations de format court à droite-à gauche sur des sites gratuits, donc finalement s’adresser à un plus large public. C’est une manière de faire revenir les jeunes vers la télé via Internet, comme beaucoup de chaînes le font actuellement.
C’est donc simplement une petite métamorphose en profitant d’Internet et en changeant un petit peu d’équipe éditoriale.

Vous parlez d’une « petite métamorphose ». Le magazine va-t-il garder la même construction ?
On voulait changer l’habillage pour marquer un peu le changement, mais Arte ne l’a pas souhaité parce que ça fait partie d’une longue réflexion globale de la chaîne. La voix change mais c’est toujours une voix off qui fait les interludes et les lancements de sujet. Ensuite, les changements sont d’ordre éditorial : plus de making off, plus de portraits et puis surtout il y a la volonté de prendre un angle plus pédagogique, d’expliquer des choses techniques ou les pratiques artistiques. Il y aura deux rubriques phares pour ça : La Leçon, sur les techniques d’animation, et Le Truc, sur les outils et techniques du cinéma. Tout cela sera ensuite accessible sur Internet. Cela permettra d’approfondir ce qui était développé dans le sujet et de lui donner un côté interactif. Les internautes pourront aussi produire leur propre montage en ligne, à partir de rushes de réalisateurs connus, dans une rubrique appelée Final Cut. On va donc organiser un va et vient entre productions sur le site et à l’antenne. Tout sera fait dans un cadre légal. On reconnaîtra les droits des gens qui produisent sur Internet. Il ne s’agit pas d’avoir des choses à pas cher !

Pour chaque numéro, l’émission est produite 1 mois à l’avance. N’est ce pas dommage par rapport à l’actualité des festivals par exemple, comme celui de Clermont-Ferrand qui débute ces jours-ci ?
Tout à fait ! C’est là qu’Internet est très important. Pour des raisons techniques comme le traitement multilingue et le sous-titrage, Arte a besoin d’un mois de délai pour ses émissions. Ce qui nous empeche d’etre tres réactif à l’antenne. Donc grâce à Internet, on va pouvoir proposer d’autres reportages à chaud, des exclus.

Publié dans : Portraits et interviews de cinéastes - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Jeudi 4 janvier 2007
en partenariat avec www.imedias.biz

L'ancienne Madame Cinéma de Canal+ présente Jour de fête sur France 2, le magazine mensuel de cinéma dont elle a pris les rênes en mars dernier. Elle fait le point sur l'audience, le contenu et la programmation de l'émission.

Des rumeurs ont couru il y a quelques semaines disant que le numéro de Jour de fête de décembre serait peut être le dernier. Des rumeurs que vous vous êtes empressée de démentir…
Isabelle Giordano : Oui, je n'ai rien de plus à dire. L'émission continue, tranquillement. Les gens posent souvent cette question sur les émissions à cette période de l'année… C'est la ritournelle habituelle.

On l'a vu avec Comme au cinéma l'émission, présenter un magazine de cinéma sur France 2 relève du défi. Vous attendiez vous à de telles difficultés ?
J'ai toujours été habituée à avoir beaucoup de critiques. Je ne veux pas reprendre une vieille formule qui existe, mais je ne suis pas là pour plaire à tout le monde. Quand on fait une émission de cinéma, on sait que l'on déplait parce que le cinéma il n'y a rien de plus subjectif. Il y a des gens qui aiment ou qui n'aiment pas James Bond par exemple. Les gens ont toujours un avis à donner sur le cinéma et en plus les avis sont très très variés. Donc je sais que c'est loin d'être consensuel. Franchement moi je mène mon chemin de façon très tranquille. J'ai accepté effectivement de présenter cette nouvelle émission sur France 2. On m'a demandé d'avoir un objectif d'audience qui était au minimum entre 10 et 12 %. J'ai toujours été largement au-dessus de 12 % depuis le début. Voilà. Je suis vraiment très tranquille et très sereine. Je me moque totalement de l'audience et de ce qu'on pense de moi. J'essaye surtout de faire une émission qui soit intelligente, qui donne des clés, des décryptages sur le cinéma, sur ce qui sort, sur la raison des films car je pense que ça n'est jamais innocent quand il y a tel ou tel film à telle ou telle époque de l'année.

Pensez-vous avoir rehaussé l'image du magazine de cinéma façon France 2 ?
Ce n'est pas à moi de le dire mais j'ai l'impression que l'émission a quand même une bonne image. C'est-à-dire que le lobby du cinéma - qui est très puissant - apprécie parce qu'on a effectivement remis en place certaines choses. Ce n'est pas uniquement une émission de bandes-annonces ; il y a de la place pour le débat, l'information, le reportage. J'ai l'impression que le lobby s'y retrouve et surtout l'émission marche bien. La dernière a fait 13,7. C'est une émission qui peut continuer sa route sereinement. Je ne suis pas là non plus pour faire les scores de Cauet sur TF1. Si je devais faire ça, je ne ferais pas une émission de cinéma, je ferais des choses beaucoup plus spectaculaires. On sait comment faire quand on veut faire de l'audience. Il suffit de se mettre en robe légère, de faire du scandale, du tapage et là on est sur de marcher !!! Je connais la recette, mais je ne l'applique pas !

Ce problème récurrent d'audience n'est il pas tout simplement lié à la périodicité de l'émission ?
Oui, je le pense. Je l'ai toujours dit. C'est un obstacle à la fidélisation du public. Faire une émission une fois par mois, c'est déjà compliqué et elle n'est même pas inscrite dans le calendrier, c'est-à-dire qu'on ne peut pas dire si elle est diffusée le premier ou le dernier mardi de chaque mois. Mais ça n'est pas mon affaire ; c'est celle des programmateurs. France 2 a décidé de la programmer de telle manière ; je pense que ça n'est pas du tout la bonne manière de faire monter l'audience et de fidéliser le public. Les gens ne sont parfois même pas au courant que l'émission passe à la télévision. Mais là c'est au delà de mes forces. J'essaye déjà de faire un bon programme ; je ne m'occupe pas de la programmation.

Pourquoi ne pas changer cela alors ?
Je crois qu'il y a vraiment un désamour. Les gens de la télévision utilisent les gens du cinéma, les stars, les acteurs pour les mettre dans toutes sortes d'émissions de divertissement. Mais dès qu'il s'agit de parler intelligemment du cinéma, il n'y a plus personne. Les émissions de cinéma ne sont pas très bien traitées. Ca peut bien sur être très divertissant ; c'est toujours agréable d'avoir Gad Elmaleh qui fait le pitre sur le plateau par exemple. Mais pour moi le cinéma c'est de l'information et quelque chose de sérieux. Les gens de télé ne pensent pas ça !
L'évolution que j'ai pu constater, c'est qu'on utilise de plus en plus les acteurs, notamment les comiques, dans les émissions de divertissement. A mon niveau, j'essaye d'instaurer un débat par mois sur le cinéma, que ce soit sur la présence des minorités dans le cinéma au moment d'Indigènes, le fait qu'il y ait peu de films politiques en France. Ce soir, je propose un débat sur la violence au cinéma : est ce que la commission de classification de censure est plus dure qu'elle ne l'a été à un moment. J'essaye juste de poser des questions comme ça, très simples et de créer du débat autour du cinéma.

Envisagez-vous par la suite de présenter l'émission en direct, comme cela avait été fait à une époque pour Comme au cinéma l'émission ?
Moi j'adorerais, mais ça n'est pas d'actualité. Le montage permet de faire un produit plus fini, on sélectionne le meilleur. C'est pour offrir un écrin à cette émission qui n'est que mensuelle et faire en sorte qu'elle soit comme un petit bijou.
Publié dans : Portraits et interviews de cinéastes - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Jeudi 4 janvier 2007
en partenariat avec www.imedias.biz

L'ancienne Madame Cinéma de Canal+ présente Jour de fête sur France 2, le magazine mensuel de cinéma dont elle a pris les rênes en mars dernier. Elle fait le point sur l'audience, le contenu et la programmation de l'émission.

Des rumeurs ont couru il y a quelques semaines disant que le numéro de Jour de fête de décembre serait peut être le dernier. Des rumeurs que vous vous êtes empressée de démentir…
Isabelle Giordano : Oui, je n'ai rien de plus à dire. L'émission continue, tranquillement. Les gens posent souvent cette question sur les émissions à cette période de l'année… C'est la ritournelle habituelle.

On l'a vu avec Comme au cinéma l'émission, présenter un magazine de cinéma sur France 2 relève du défi. Vous attendiez vous à de telles difficultés ?
J'ai toujours été habituée à avoir beaucoup de critiques. Je ne veux pas reprendre une vieille formule qui existe, mais je ne suis pas là pour plaire à tout le monde. Quand on fait une émission de cinéma, on sait que l'on déplait parce que le cinéma il n'y a rien de plus subjectif. Il y a des gens qui aiment ou qui n'aiment pas James Bond par exemple. Les gens ont toujours un avis à donner sur le cinéma et en plus les avis sont très très variés. Donc je sais que c'est loin d'être consensuel. Franchement moi je mène mon chemin de façon très tranquille. J'ai accepté effectivement de présenter cette nouvelle émission sur France 2. On m'a demandé d'avoir un objectif d'audience qui était au minimum entre 10 et 12 %. J'ai toujours été largement au-dessus de 12 % depuis le début. Voilà. Je suis vraiment très tranquille et très sereine. Je me moque totalement de l'audience et de ce qu'on pense de moi. J'essaye surtout de faire une émission qui soit intelligente, qui donne des clés, des décryptages sur le cinéma, sur ce qui sort, sur la raison des films car je pense que ça n'est jamais innocent quand il y a tel ou tel film à telle ou telle époque de l'année.

Pensez-vous avoir rehaussé l'image du magazine de cinéma façon France 2 ?
Ce n'est pas à moi de le dire mais j'ai l'impression que l'émission a quand même une bonne image. C'est-à-dire que le lobby du cinéma - qui est très puissant - apprécie parce qu'on a effectivement remis en place certaines choses. Ce n'est pas uniquement une émission de bandes-annonces ; il y a de la place pour le débat, l'information, le reportage. J'ai l'impression que le lobby s'y retrouve et surtout l'émission marche bien. La dernière a fait 13,7. C'est une émission qui peut continuer sa route sereinement. Je ne suis pas là non plus pour faire les scores de Cauet sur TF1. Si je devais faire ça, je ne ferais pas une émission de cinéma, je ferais des choses beaucoup plus spectaculaires. On sait comment faire quand on veut faire de l'audience. Il suffit de se mettre en robe légère, de faire du scandale, du tapage et là on est sur de marcher !!! Je connais la recette, mais je ne l'applique pas !

Ce problème récurrent d'audience n'est il pas tout simplement lié à la périodicité de l'émission ?
Oui, je le pense. Je l'ai toujours dit. C'est un obstacle à la fidélisation du public. Faire une émission une fois par mois, c'est déjà compliqué et elle n'est même pas inscrite dans le calendrier, c'est-à-dire qu'on ne peut pas dire si elle est diffusée le premier ou le dernier mardi de chaque mois. Mais ça n'est pas mon affaire ; c'est celle des programmateurs. France 2 a décidé de la programmer de telle manière ; je pense que ça n'est pas du tout la bonne manière de faire monter l'audience et de fidéliser le public. Les gens ne sont parfois même pas au courant que l'émission passe à la télévision. Mais là c'est au delà de mes forces. J'essaye déjà de faire un bon programme ; je ne m'occupe pas de la programmation.

Pourquoi ne pas changer cela alors ?
Je crois qu'il y a vraiment un désamour. Les gens de la télévision utilisent les gens du cinéma, les stars, les acteurs pour les mettre dans toutes sortes d'émissions de divertissement. Mais dès qu'il s'agit de parler intelligemment du cinéma, il n'y a plus personne. Les émissions de cinéma ne sont pas très bien traitées. Ca peut bien sur être très divertissant ; c'est toujours agréable d'avoir Gad Elmaleh qui fait le pitre sur le plateau par exemple. Mais pour moi le cinéma c'est de l'information et quelque chose de sérieux. Les gens de télé ne pensent pas ça !
L'évolution que j'ai pu constater, c'est qu'on utilise de plus en plus les acteurs, notamment les comiques, dans les émissions de divertissement. A mon niveau, j'essaye d'instaurer un débat par mois sur le cinéma, que ce soit sur la présence des minorités dans le cinéma au moment d'Indigènes, le fait qu'il y ait peu de films politiques en France. Ce soir, je propose un débat sur la violence au cinéma : est ce que la commission de classification de censure est plus dure qu'elle ne l'a été à un moment. J'essaye juste de poser des questions comme ça, très simples et de créer du débat autour du cinéma.

Envisagez-vous par la suite de présenter l'émission en direct, comme cela avait été fait à une époque pour Comme au cinéma l'émission ?
Moi j'adorerais, mais ça n'est pas d'actualité. Le montage permet de faire un produit plus fini, on sélectionne le meilleur. C'est pour offrir un écrin à cette émission qui n'est que mensuelle et faire en sorte qu'elle soit comme un petit bijou.
Publié dans : Portraits et interviews de cinéastes - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Mercredi 22 février 2006
Rencontre avec le cinéaste Marc Isaacs. L'un de ses documentaires est diffusé ce jeudi à 22h05 sur Arte, Calais, la dernière frontière. A ne manquer sous aucun prétexte!

Il y a de ces rencontres qui vous redonnent la foi... la foi dans le journalisme et en une télé intelligente.
Ce samedi soir au Carré Davidson de Tours, dans une salle minuscule mais bondée, Marc Issacs était là dans toute sa simplicité. Simplicité dans son apparence et dans sa manière de s'adresser au public. C'est sûrement ce petit plus qui lui permet de faire des documentaires d'une telle qualité, en particulier par la richesse de ses interviews dans Lift ou Calais, la dernière frontière. Ces 2 docs, réalisés respectivement en 2001 et 2003, étaient projetés tous deux dans le cadre du festival Sans Canal Fixe à tours, la semaine dernière.
Lift, c'est tout simplement la vie d'une communauté londonienne à travers un ascenseur.
Calais, la dernière frontière, c'est la confrontation de deux mondes: une certaine bourgeoisie britannique qui arrive en France pour faire le plein de bière, vin et fromage; des immigrés qui cherchent l'asile en Angleterre.
Ces 2 documentaires proposent une certaine vision de la population immigrée en Grande-Bretagne et en France. Ceux qui ont déjà réussi à émigrer en Grande-Bretagne et ceux qui y aspirent.
Morceaux choisis de la rencontre avec Marc Isaacs, documentariste britannique, qui travaille pour la BBC notamment.
 
Quel a été le point de départ de Lift?
L'idée de l'ascenseur m'est venue quand je travaillais sur un long métrage de fiction qui était tourné dans un grand immeuble dans une ville en bord de mer en Angleterre, un peu comme Calais, où il y a beaucoup de réfugiés.
A passer du temps dans l'ascenseur, l'idée m'est venue. Je voulais trouver le même genre d'endroit multiculturel, mais pas le même. Dès le premier endroit je suis tombée sur la vieille dame que l'on voit dans le doc. Je voulais pouvoir faire un portrait de l'immigration.
 
Combien de temps avez-vous passé dans l'immeuble?
Le tournage a duré un mois. Parfois, je filmais une heure, parfois 10 par jour. Au bout d'un moment, je connaissais leur routine donc je pouvais attendre les locataires que je voulais voir.
Je devais faire partie de la vie du batiment, en y passant beaucoup de temps pour pousser à la confidence. Je n'ai rencontré personne avant de commencer à tourner, mais je leur avais écrit. Et un assistant les a rencontrés pour leur parler du projet et apprendre à les connaitre.
 
Comment avez-vous sélectionné les personnages?
Je n'ai pas chois les personnages finalement; c'est eux qui m'ont choisi!
Pour Calais, j’ai fait 2-3 semaines de repérages sur place. J’ai d’abord rencontré Steve le barman. J’ai découvert les lieux de tournage : la baraque à frites, les restes du centre de Sangatte, l’hotel Bristol, etc. Ensuite, quand je suis retourné à Calais pour filmer, j’ai rencontré Ijazh., puis Paul. Mais il me manquait un personnage pour l’histoire du lieu : Tulia était la femme de la situation ! Parfois, on a un coup de chance !
 
Comment parvenez-vous à installer un tel climat de confiance avec vos personnages?
Je passe beaucoup de temps avec les gens. On établit une relation, mais c'est une relation assez bizarre car je ne suis pas trop proche d'eux. J'essaye aussi de faire en sorte que les gens me donnent certaines choses pour la première fois devant la caméra. J'attend aussi que les gens aient confiance pour leur demander certaines choses. La magie du documentaire, c'est que certaines choses ne se passent qu'une fois.
 
Quel est votre rapport avec la télévision?
Il faut parfois mentir pour arriver à faire ce qu'on veut faire. Les gens qui font de la télé sont là un jour, mais pas forcément le lendemain. Moi, je continue à faire des films. C'est plus facile en France qu'en Angleterre: les Français ont une vision beaucoup plus intelligente du cinéma. Arte a acheté mon doc sur Calais tout de suite.

"La télé, c'est juste une machine qui lâche de l'argent... Ce que les gens de télé diffusent leur importe peu... Pour moi, c'est une partie de ma vie!"

Marc Isaacs
 

La caméra a un pouvoir indéniable sur les gens que vous filmez...
Je pense que certaines personnes se sentent obligées de dire une certaine forme de vérité devant la caméra. C’est le cas de Tulia (dans Calais, la dernière frontière) qui m’a dit des choses très personnelles. On a tous au fond de nous un désir de laisser une certaine trace de son passage.

 

Ne pensez vous pas que les gens que vous avez filmé dans Calais ont une vision idéalisée de la Grande-Bretagne?
La plupart de ces gens parlent anglais. Les passeurs, qui organisent les trafics, vantent les mérites de la Grande-Bretagne. C’est très facile de se cacher là-bas et il n’y a pas encore de carte d’identité. Il y a aussi plein de petites communautés où trouver refuge ; il y a des petits Afghanistan, etc. où il est facile de trouver du travail, etc. Beaucoup de gens à Londres viennent d’ailleurs, donc la police ne va pas vous arrêter dans la rue parce que vous avez la peau foncée.


"A Londres, vous pouvez vous cacher et ça met du temps avant de vous faire expulser si vous cherchez l’asile."

Marc Isaacs

 

Quels sont vos projets?
Je suis en train de tourner un film sur un rabbin anglais qui vit avec ses sept femmes. Ca parle de sa famille. Cet homme se prend pour un patriarche à l’ancienne. C’est une sorte d’anti-héros. Je viens de finir aussi un film qui passera sur Arte bientôt. Il parle des premières amours de 2 jeunes enfants dans une commune isolée, le tout dans une narration rimée. C’est encore un documentaire narratif qui s’appelle Un jour mon prince viendra.


 

* Propos recueillis au Carré Davidson à Tours dans le cadre du festival Sans Canal Fixe 2006
Publié dans : Portraits et interviews de cinéastes - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Jeudi 14 juillet 2005

Guillaume Laurant est désormais célèbres pour avoir écrit le scénario du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. Il est également l'auteur du scénario d'Effroyables Jardins et plus récemment d'Un long Dimanche de Fiançailles. Il a souvent collaboré avec Jean-Pierre Jeunet, déja à l'époque de La Cité des enfants perdus et d'Alien, la résurrection. Que dire d'autre: il est également romancier (il a publié le livre Les années porte-fenêtre aux éditions du Seuil), il est marié à l'actrice Isabelle Huppert, et simplement qu'il'est une personne très accessible et sympathique. Il aime visiblement son métier!

 

Son actualité : il prépare le scénario du prochain film d'Alain Chabat, adapté de la bande-dessinée du Marsupilami.

 

Vous travaillez actuellement sur l'adaptation au cinéma du Marsupilami...

La particularité de ce projet, c’est qu’Alain Chabat a négocié les droits, non pas de Spirou et Fantasio c'est-à-dire l’intégralité de l’histoire, mais uniquement du personnage du Marsupilami. D’où la nécessité pour lui de créer toute une histoire complètement inventée où sera intégré le Marsupilami et qui n’a pas le droit de ressembler trop à l’histoire de Champignac. Techniquement, a priori, le personnage sera incrusté avec des acteurs normaux, comme dans Qui veut la peau de Roger Rabbit. Évidemment, ça sera un film familial, grand public et pas avant-gardiste évidemment !

 

Est-ce que vous avez relu toutes les BD ou pas du tout pour pouvoir vous en détacher ?

Il y a des livres, par exemple Un Long dimanche de fiançailles, je l’ai lu peut être douze fois, je l’ai épluché dans tous les sens, alors qu’ Effroyables Jardins, je ne l’ai lu que deux fois au total. Pour le Marsupilami, il fallait voir toutes les particularités de l’animal qui pouvaient être utilisées et aussi savoir quoi ne pas choisir. L’animal sera comme il est, avec d’autres facultés. Se pose notamment la question de comment l’animal va s’exprimer car dans la BD, il ne dit que Houba. En tout cas, j’ai un peu de mal à parler du projet car le travail est encore en chantier.

 

Qu’est ce qui vous a séduit dans le projet ? Le pari de faire vivre un personnage de BD ? Le fait de créer entièrement un scénario avec le Marsupilami ?

C’est un mélange de tout ça. Aujourd'hui, je préfère devoir tout inventer, plutôt que d’adapter fidèlement la BD, même si c’est périlleux. Cet animal est mythique, séduisant. Il a une joie de vivre. J’ai envie de créer une histoire, un contexte. Pour le moment, la première envie, c’est de l’avoir dans son contexte naturel, dans la forêt tropicale. J’aime bien cet aspect là.

 

Il y aura la patte Chabat. Ca sera un peu acide…

Oui, bien sûr.

 

Y a t-il des films adaptés de BD qui vous inspirent pour adapter le Marsipulami?

J’en trouve pas comme ça ! C’est toujours un petit peu le même problème au cinéma : il y a un moment, l’idée vient de faire Astérix, qui est une vraie recette, à tous les sens du terme, et à ce moment, tout le monde a envie d’adapter une BD. Iznogoud, même Tintin. Jean-Pierre Jeunet a été relativement loin dans la discussion avec les héritiers pour faire un film à partir de Tintin. J’avais relu tout Tintin, et là où ça a posé un problème, c’est que les héritiers voulaient qu’on ne prenne qu’un seul album, et nous on trouvait que dramatiquement, pour que ça soit assez nourri pour faire un film, on voulait mélanger au moins trois ou quatre albums. Les héritiers n’ont pas voulu et c’est là que le projet s’est arrêté. Je ne réponds pas du tout à votre question, mais c’est pas grave !

 

C'est un challenge d'adapter une BD comme le Marsipulami... Les fans vont vous attendre au tournant...

Je pense que c’est le même problème pour la littérature. Quelqu'un qui a vraiment aimé un livre, pour son atmosphère, pour des tas de raisons profondes, doit être presque toujours déçu par son adaptation au cinéma. C’est presque une règle. C’est rare que l’on ait des surprises dans l’autre sens. Une bande dessinée, a priori, peut s’y prêter plus, mais théoriquement, car ça a en commun avec un film d’être une histoire racontée en image. Mais en même temps, à partir du moment où ça devient une image de cinéma, même le cadrage qui est fait naturellement dans la BD n’a plus rien à voir avec celui d’un film. On ne retrouve jamais ce qui fait la nature même d’une bande dessinée, liée à la couleur, le graphisme. Ca sera jamais tout à fait la même chose.  On doit prendre un parti pris par des choix ou esthétiques ou narratifs, qui peut être un résultat réussi après, mais qui sera de toute façon autre chose.


Quels sont les critères d’adaptabilité pour une BD ?

C’est assez difficile. Il y a plusieurs paramètres : ça a en commun au film d’être une histoire racontée en images donc forcément on est sensible à l’univers visuel.  Mais en même temps, c’est pas forcément ça  qui va être adapté en premier. Ce qui rend adaptable la BD, c’est avant tout la qualité du scénario. On peut être amené à délaisser une BD qui aurait des qualité de dessin exceptionnelles car on ne fait pas le même choix que quand on choisit simplement la meilleure BD. Les autres paramètres : quelle est la possibilité de transcrire l’ambiance particulière qu’il y a dans le dessin à l’écran? par exemple.

 

Etes-vous un grand lecteur de BD ?

Non, je ne suis pas un découvreur de BD. Je n’y passe pas mon temps, mais j’ai lu énormément de romans étant jeune, de manière un peu maladive. Quand j’ai un peu de temps pour moi, j’ai plus de plaisir à m’immerger dans une BD que dans un roman.

 

Propos recueillis lors de festival De l'Encre à l'écran à Tours, en mars 2005, où Guillaume Laurant était l'invité d'une discussion sur l'adaptation de la BD au ciné

Publié dans : Portraits et interviews de cinéastes - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Lundi 4 juillet 2005

 

Jean-Pierre Sinapi est le réalisateur de Camping à la ferme (lire chronique). Il a également tourné auparavant Nationale 7 et Vivre me tue. C'est un ancien professeur, passé par l'écriture de scénario pour des feuilletons de l'été à la télé avant de se lancer dans la réalisation pour le grand écran. Il continue à tourner pour la télé.

 

Pourquoi avoir choisi des comédiens amateurs pour interpréter les 6 rôles principaux?

J’aurais pu chercher des jeunes comédiens professionnels, mais j’avais très peur de tourner dans le cliché. Donc je me suis dit, le seul moyen d’éviter ça, c’est de trouver des jeunes comédiens amateurs authentiques et vrais à l’écran.
La première impression qui comptait, c’est que je les trouve d’emblée sympathique. Je leur demandais de se présenter et de faire une petite impro à partir d’une séquence du scénario ; et je voyais s’ils avaient naturellement un don de comédien. Être comédien, c’est un vrai travail donc il fallait qu’ils soient naturels. Je voulais aussi voir leur capacité d’écoute. Je les ensuite formés. J’en ai gardé 5 au final et le 6e était un jeune avec une petite expérience de comédien, qui joue le rôle de Luigi.

 

Qu'ont-ils pensé du film?

Ils sont ravis du film. Ils y croyaient pas ; ils n'y ont jamais cru. Ils ont mis du temps à réaliser. Ca a été une belle aventure sur le plan cinématographique et sur le plan humain. Pas toujours facile, mais une belle aventure !

 

Pourquoi aborder des questions sociales dans Camping à la ferme, notamment celui du handicap?

Déjà à l’époque de Nationale 7, je m’intéressais aux questions sociales. Il y a une certaine constante dans mon travail. Mon second long-métrage, Vivre me tue, parlait de la difficulté de jeunes Maghrébins nés en France de s’insérer dans la société française. Pour moi, faire du cinéma, ce n’est pas seulement faire rire les gens, remplir les salles; il est nécessaire que mes films ait une vraie nécessité à exister.

 

Camping à la ferme est un film de commande...

Ce film a été écrit il y 3 ans par Azouz Begag, un sociologue et écrivain, qui vient d’être nommé ministre délégué à l’égalité des chances. Il cherchait un metteur en scène pour réaliser un film et a trouvé en moi l’homme de la situation. J’avais dit OK pour le scénario à condition de pouvoir le retravailler et y adapter mon univers, ajouter des personnages. Faire une commande, ce n’est pas dégradant ! C’est une commande qui répondait à plein de choses dont j’avais envie de parler.

 

"Mon titre à moi, c’était « Un mois ferme » !

Les producteurs ont dit « pas question » !"

 

Y a t-il eu de l'improvisation sur le tournage?

Si les dialogues sonnent si juste, c’est parce que pendant les 2 mois qu’on a répété, je laissais les comédiens libres d’improviser ou de mettre leurs dialogues en bouche, mais en respectant strictement la dramaturgie, sinon c’est plus possible !

Mais c'est un film où je n’ai eu que des galères! Les acteurs se sont mis en grève (pour être mieux payés!), l'un des acteurs un jour a eu une petite angine et ne voulait pas dire son texte, un autre des jeunes comédiens avait peur des guêpes (c'est problèmatique pour un tournage en pleine campagne!), certains avaient peur de rentrer dans une église pour le tournage, etc ! J'ai eu 15 jours galère sur 8 semaines : j’étais même prêt à réécrire le scénario pour éliminer des personnages !

 

Qui est le jeune handicapé dans le film?

Michael est un jeune garçon handicapé. Il n’a pas de mémoire immédiate donc c’était très compliqué pour apprendre les textes, mais ça lui donnait une force. C’est un môme formidable et ses parents sont fiers !

 

Pourquoi aborder le thème de la drogue dans Camping à la ferme?

Je n’aurais pas pu imaginer une seule seconde de faire un film de banlieue lisse, propre. Ils fument tous [des joints NDLR]! Autour de moi, il y a beaucoup de gens qui fument. Il n’y en a que 2 sur 6 qui fument dans l’histoire. Mais tout ça dans le film, c’est de l’ordre de la comédie. Pour moi, le pétard, c’est rien du tout. Aujourd'hui c’est le passage obligé, c’est l’initiation. Nous avant, c’était l’alcool. Si ils essayent autre chose c’est grave. Il ne faut pas abuser, c’est tout.

 

Propos recueilli lors de l'avant-première du film Camping à la ferme au cinéma Le Caméo à Nancy, le 22 juin 2005


Publié dans : Portraits et interviews de cinéastes - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Vendredi 10 juin 2005

 

Stéphane Bouquet est rédacteur aux Cahiers du Cinéma. Il a écrit plusieurs ouvrages, dont Un Monde existe et Le Mot frère. Je l'avais rencontré à l'occasion des 50 ans des Cahiers du Cinéma, en 2002. 

 

Comment expliquez-vous la notoriété des Cahiers du Cinéma?

Ce qui fait véritablement la réputation des Cahiers du Cinéma, je pense, c’est d’abord globalement la Nouvelle Vague, c'est-à-dire l’idée qu’il y a eu un moment dans l’histoire du cinéma où un groupe de jeunes critiques de cinéma a décidé de prendre la relève des cinéastes dont ils parlaient et de montrer quelle pratique ils pouvaient avoir de leur théorie. Il y a eu toute une mise en place pendant les années 50 d’une théorie qu’on appelle la politique des auteurs qui consistait à dire que le véritable auteur du film c’était le metteur en scène, et que finalement peu importait le scénario qui était traité et qui était mis en image. Ce qui importait, c’était la façon de le mettre en image. Cette théorie a été lancée à la fois par cette jeune génération, et ensuite mis en expérience par les mêmes quelques années plus tard qui ont fait des films, ce que l’on appelait la Nouvelle Vague globalement, et qui ont largement révolutionné le cinéma français en tout cas.

 

Qu’est ce qui explique la longévité des Cahiers du Cinéma ?
Il y a eu par cet effet d’intervention dans le champ cinématographique, dans la fabrique véritablement du cinéma, un fort effet de notoriété qui a été accolé aux Cahiers du Cinéma. Et puis ensuite, il y a eu tout un re-travail théorique qui a été très important aux Cahiers du Cinéma, et qui a fait que les Cahiers ont suivi plus ou moins les grandes évolutions intellectuelles de la seconde moitié du XXe siècle. C’est-à-dire qu’ils ont été influencés par le structuralisme, par le maoïsme, par un certain gauchisme dans les années 70. Et pendant très longtemps, les Cahiers du Cinéma ont été -avec un peu de retard souvent, mais avec une certaine profondeur, on peut le dire comme ça- représentatif de l’évolution de la scène intellectuelle française, et ont appliqué ces concepts qui étaient plus ou moins opérants selon les époques au cinéma. Je pense par exemple à toute la période très très maoïste où il s'est agi de redéfinir d'un point de vue idéologique le cinéma. Si pendant les années 50 les Cahiers du cinéma avait défini le concept de la politique des auteurs à partir du cinéma américain, dans les années 70 ils ont repris les mêmes films et essayé de voir comment on pouvait avoir une pensée politique du cinéma et comment en fait les films que l'on avait aimé dans les années 50 étaient aimés pour de mauvaises raisons puisqu'ils étaient représentatifs d'un certain nombre de traits de l'idéologie bourgeoise pour dire vite. Pour résumer, on peut dire que pendant 50 ans, les Cahiers du cinéma ont été tout à fait synchrone avec un certain nombre de conceptions idéologiques et ils ont toujours trouvé le moyen de l'appliquer à la sphère de l'image et du cinéma en particulier.
L'autre grand trait dominant, qui explique la longévité des Cahiers du cinéma, c'est que beaucoup de gens qui sont passés par les Cahiers du cinéma sont ensuite devenus soit scénaristes (Pascal Bonitzer, Jacques Fieschi), cinéastes (André Téchiné, Olivier Assayas, Jean-Claude Biette, Léos Carax, Patrice Leconte). Donc il y a cette deuxième grande vague qui fait qu'il y a toujours des points de passage des Cahiers du cinéma, longtemps revue théorique au cinéma

Comment fonctionne la rédaction des Cahiers du cinéma ?
Je pense qu'il faut faire une coupure dans cette histoire qui est globalement ce qu'il s'est passé il y a trois ans, c'est-à-dire la rachat par Le Monde des Cahiers du cinéma, qui fait que la rédaction a cessé de fonctionner comme elle l'a fait pendant longtemps. C'était globalement une rédaction d'amateurs, de gens relativement jeunes (on y rentrait quand on avait autour de 20 ans). Ils étaient jeunes à cette époque pour la simple raison que ce n'était pas payé du tout, ça demandait beaucoup d'investissement, beaucoup de temps, etc. donc ça ne pouvait être fait que par des gens qui étaient vraiment disponibles. Et puis au bout d'un moment, la vie passant, il fallait faire autre chose pour quand même vraiment gagner sa vie. Aujourd'hui avec le rachat par Le Monde, ça a professionnalisé la revue et maintenant on peut gagner sa vie pas trop mal en travaillant aux Cahiers du cinéma. C'est plus une première étape du métier de journaliste qu'avant en fait. Je pense que c'est ça qui a beaucoup changé. Pendant longtemps on écrivait pas aux Cahiers du cinéma pour devenir journaliste mais parce qu'on aimait le cinéma, on aimait la critique, on aimait l'écriture. Et ensuite on se destinait à faire autre chose, soit dans le cinéma, soit dans l'écriture. Aujourd'hui c'est un peu moins vrai. Mais la rédaction est toujours assez jeune et ils sont venus là par cinéphilie profonde. Ce qui a changé aussi c'est que pendant longtemps les critiques des Cahiers du cinéma étaient des gens qui n'avaient pas fait d'études de cinéma ; aujourd'hui ils en ont fait pour la majorité. Ce qui conduit aussi à professionnaliser la revue.

 

    

 

 


Publié dans : Portraits et interviews de cinéastes - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Jeudi 2 juin 2005

C’est un personnage rassurant, posé. Discret, mais on le remarque. Le charme poivre-sel de la cinquantaine, une voix grave et pénétrante. On se dit qu’il devrait faire du cinéma, côté acteur évidemment. Jacques Fieschi en fait, du cinéma. Dans l’ombre du réalisateur. Il est celui qui donne chair au synopsis et donc aux personnages d’un film : le scénariste. C’est sûrement pour cette raison que ce cinéaste aux vingt ans de carrière n’est pas plus connu, de nom. Le cinéphile né à Oran a bien fait quelques apparitions au cinéma, notamment dans A nos Amours de Maurice Pialat en 1983. Mais c’est seulement en retrouvant ce même réalisateur, deux ans plus tard, en tant que scénariste que Jacques Fieschi va goûter à la reconnaissance des cinéphiles. Police ou une première expérience marquante et remarquée. Fieschi découvre Pialat, tel qu’on le décrit : impulsif et difficile à vivre professionnellement (lire interview).

Casting de rêve

La carrière du scénariste est, en tout cas, lancée et s’enchaînent donc les projets, non des moindres : avec Claude Sautet (Quelques jours avec moi, Un Cœur en hiver, Nelly et Monsieur Arnaud), avec Nicole Garcia (Un week-end sur deux, Le Fils préféré, Place Vendôme, L’Adversaire), avec Anne Fontaine (Augustin, roi du kung-fu, Nathalie), avec Benoît Jacquot (L’école de la chair, Sade). Il croise également le parcours de Cyril Collard en écrivant le scénario des Nuits fauves, ainsi qu’Olivier Assayas et ses Destinées sentimentales. Fidèle à une belle brochette de réalisateurs donc, mais aussi à un casting de rêve : Emmanuelle Béart, Catherine Deneuve, Daniel Auteuil.


Touche à tout

Scénariste prolixe (un film ou deux par an depuis vingt ans), un petit peu acteur, un peu romancier (il a écrit deux livres, L’Homme à la mer et L’éternel Garçon) : Fieschi est un touche à tout. Il a goûté au théâtre aussi en adaptant Scènes de la vie conjugale et Souvenirs avec piscine, et avoue être tenté par l’écriture théâtrale. Comme beaucoup de cinéastes, il a même tâté du journalisme : c’était dans les années 70 pour le magazine de cinéma Cinématographe (revue aujourd'hui disparue, pourtant remarquée pour son ouverture et son auteurisme). C’est d’ailleurs ainsi qu’il s’est fait des connaissances déterminantes pour la suite, notamment André Téchiné et Maurice Pialat. Il manquait encore quelque chose à son actif, et qui assurément démange beaucoup de scénaristes : la réalisation. Il s’y intéresse et devrait bientôt diriger son premier film. Jacques Fieschi a en projet, Sans issue, un long métrage (lire interview pour plus de détails). Il ne délaisse pas pour autant son métier de scénariste puisqu’il vient de terminer l’écriture de Selon Charlie de Nicole Garcia et Une aventure de Xavier Giannoli, tous deux en tournage actuellement. 

 

Jacques Fieschi est le scénariste du film Nelly et Monsieur Arnaud

Publié dans : Portraits et interviews de cinéastes - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Mercredi 1 juin 2005

 

Il a été le scénariste, entre autres, de Maurice Pialat, Claude Sautet, et André Téchiné (lire portrait).

 

Comment s’est passé Police, votre première expérience de scénariste ?

Maurice Pialat est quelqu'un qui avait toujours un énorme problème avec le scénario, il s’en méfiait énormément. Pour lui, tout ça n’était que bout de ficelle, ce qu’il appelait du « cinoche ». Il n’aimait pas la scénarisation excessive, il la refusait pour lui-même. Il pouvait parfois l’apprécier chez les autres, mais en tout cas, ce n’était pas sa méthode de cinéma.
Pour Police, il y avait un scénario, mais ce scénario lui plaisait moins, et puis le film commençait a être tourné, et c’est à ce moment là que je suis arrivé. J’ai donc travaillé sur des textes qui existaient déjà, et on a écrit d’autres scriptes pour le tournage. C’etait un expérience très très bizarre. Moi, j’étais dans un coin du studio de tournage avec une machine à écrire. J’écrivais les scènes que les acteurs lisaient ou la veille ou au moment de tourner. C’est comme ça que j’ai commencé. Donc je pense que si l’on survit à ce type d’expérience, on est à peu près blindé…

 

Un souvenir du tournage de Police...

Il y a une scène où Maurice Pialat n’était pas sur le plateau, où il était parti. J’ai essayé d’aller le chercher, mais il n’a pas voulu revenir, et il a dit « Tu n’as qu’à finir ce film, moi je ne reviendrais plus ! ». Il est revenu, heureusement pour tout le monde !
Donc on a tourné la scène sans lui, qu’on a plus ou moins improvisée. C’est la scène où Richard Anconina est menacé chez lui par des truands tunisiens, qui n’a pas été coupée.

 

Maurice Pialat a un rapport particulier au scénario

S’il n’aimait pas le principe d’un scénario bouclé, scénarisé « ficelle-cinoche », il tenait quand même à avoir une scène écrite. Surtout qu’il ne voulait aucune indication, aucune explication de jeu, aucune colonne de gauche. Il fallait simplement des dialogues, des phrases avec trois petits points. Dès que l’on mettait une indication, quelque chose de plus directif, c’était non. Mais il lui fallait une page ; le scénario était donc plus une collection de scènes comme ça. C’est simplement la façon dont un scénario est bouclé, raconté qui lui déplaisait, qui pouvait  le rebuter.

 

Êtes-vous habituellement présent sur le tournage ?

Je suis « omni-absent » sur le tournage. Je ne viens plus du tout. J’ai fait deux tournages entiers dans mon travail : Police pour les raisons que j’ai expliquées précédemment, et le premier film que j’ai écrit avec Claude Sautet en 1987, Quelques jours avec moi. C’était un travail d’écriture précis jusqu’au vertige : le travail se jouait à la virgule, au paragraphe, à l’alinéa ! Il m’avait demandé de venir sur le tournage et de lui dire si ça allait ou si je pensais que l’on pouvait aller plus loin. Donc j’ai fait tout ce tournage là et j’ai beaucoup appris parce qu’il y avait des acteurs extraordinaires : Daniel Auteuil, Sandrine Bonnaire, Jean-Pierre Marielle, Danièle Darrieux… Et j’ai appris aussi sur les répliques : quand on attend monts et merveilles d’une réplique et que finalement elle reste du théâtre, du « cinoche » comme aurait dit Pialat, et il y a des choses banales, plates, qui n’ont l’air de rien, qui brusquement s’épanouissent deviennent vivantes.

 

Et le montage ?

Je pense que le scénariste peut revenir sur le montage du film. S’il arrive à être accepté par le monteur ou la monteuse, il peut revenir sur la structure. Mais si un scénariste n’admet pas qu’il faut préférer le film au scénario, il n’a rien compris. Il n’écrit pas du théâtre. On écrit un scénario qui devient un film. On peut donc continuer à faire un travail de scénariste au montage si le monteur accepte.

 

Avez-vous déjà été déçu de la mise en image de l’un de vos scénarios ?

Ca m’est arrivé, mais aussi le contraire ! On peut avoir l’impression que ça a été survolé, que ça pouvait être mieux, que c’était porteur de quelque chose de plus fort. Quand on a l’impression que c’est négligé, simplifié dans une scène, on est malheureux.
Ca m’est arrivé aussi que ce n’était pas ce que j’attendais, mais que c’était bien, voire mieux.

 

Comment voyez-vous l’écriture d’un scénario ?

On ne peut pas concevoir d’écrire un scénario sans écrire les dialogues. Pour moi, c’est quelque chose d’essentiel. Je peux écrire un texte court, ou un synopsis, ou quelque chose avant d’écrire la chair de la scène, mais après il faut que je trouve les mots des personnages, seul ou avec quelqu'un d’autre. Mais en tout cas, pour moi, ça passe par les dialogues : si je commence à percevoir un personnage, c’est très souvent parce qu’il me semble avoir trouvé une phrase qu’il pourrait dire, même banale, mais qui est une phrase qui va définir ce personnage, quelque chose qui va lui appartenir. C’est une phrase qui peut accompagner le personnage, j’espère dans sa vérité, pendant toute l’histoire. Comme une habitude par exemple.

 

Préférez-vous connaître les acteurs qui vont jouer dans le film au moment de l’écriture du scénario ? Cela influe-t-il sur votre écriture ?

J’aime bien écrire pour des acteurs. J’aime un peu tout. A plusieurs reprises, ça m’est arrivé de connaître l’acteur, généralement un acteur connu, comme Emmanuelle Béart, Daniel Auteuil, Catherine Deneuve, Michel Serrault. Ca m’aide, ça m’intéresse, ça me stimule. C’est l’idée d’avoir le visage, la voix de l’acteur qui est là, mais aussi de l’emmener vers quelque chose qu’il n’a pas encore fait, lui proposer quelque chose. Ensuite dans la façon dont l’acteur va lire, il peut y avoir conflit, des désaccords, mais c’est toujours intéressant. Même si c’est secrètement fructueux ou fructueux plus tard.
Je peux aussi partir sur un personnage dont j’ignore le visage. La question, c’est plutôt comment arriver à trouver l’essence du personnage, la proximité du personnage. Admettons que l’on ait une histoire pas encore écrite - évidemment si l’on adapte un livre, c’est différent. Si on écrit une histoire originale, on a forcément  un mouvement dramatique dont on ne connaît pas tous les détails, tous les actes, mais on va quelque part. Il faut réussir à avoir une matière humaine, sinon ça ne me parle en rien. Donc c’est ce travail là, où il faut apprivoiser les personnages principaux du film. Une fois que l’on a entendu cette petite voix des personnages, ils commencent à se frayer un chemin, et là ça va mieux : on est rassuré !

 

En quoi est-il différent d’adapter un livre ?

Je n’ai pas adapté beaucoup d’œuvres d’auteurs vivants. Je n’ai jamais travaillé avec un écrivain qui coopterait l’adaptation de son livre. Pour L’Adversaire, adapté du livre d’Emmanuel Carrère, on s’est servi du livre mais on est aussi retourné au fait divers, et on a essayé d’avoir une construction que ne nous proposait pas du tout le livre. Emmanuel Carrère en tout cas ne souhaitait pas du tout participer à l’adaptation, donc je n’ai jamais coécrit un scénario avec un auteur…
Sinon pour adapter un livre, ce que je fais, c’est que je le lis une fois, deux fois, je prends des notes. Puis j’arrête de lire. Et donc j’ai l’impression que je l’oublie. C’est une pure illusion ! En tout cas, je m’en persuade pour pouvoir écrire le scénario.  Et après je fais comme avec n’importe quel sujet que je suis censé traiter, et je peux revenir au livre bien sûr. Il y a des adaptations plus ou moins fidèles. Il y a des mots du livre qu’on reprend. On peut reprendre l’ordre ou non. Pour ne pas être paralysé par l’adaptation du livre, surtout si on l’admire, il faut avoir l’impression de l’oublier et le traiter comme n’importe quel sujet.

 

Vous avez décidé de vous lancer enfin dans la réalisation…

J’ai travaillé vingt ans comme scénariste et ça m’allait. J’étais content comme ça. J’ai eu la chance de travailler avec des gens intéressants et je ne pensais plus à la réalisation. Et puis, il y a eu la rencontre avec un sujet il y  a quelques temp. Ca va être une adaptation de Simenon. Tout de suite, j’ai eu le désir de l’adapter. Je ne pensais pas ressentir ça, mais c’est vrai que dans la vie d’un scénariste, il y a beaucoup de frustration. Il y a un bateau qui part et vous, vous, restez à quai. Il y a une lassitude par rapport à ça. C’est humain !

 

Propos recueillis lors de la conférence donnée par Jacques Fieschi, au cinéma les Studio à Tours, dans le cadre de la Nuit Fieschi du festival De l’Encre à l’écran, en mars 2005 (voir compte-rendu du festival).

Publié dans : Portraits et interviews de cinéastes - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Lundi 9 mai 2005
Rencontre avec le réalisateur Stéphane Brizé et l'actrice Anne Consigny à propos de la sortie de Je ne suis pas là pour être aimé.
Je ne suis pas là pour être aimé est le deuxième film de Stéphane Brizé,  après Le Bleu des villes.
Anne Consigny a joué récemment dans 36, quai des Orfèvres.


  


Pourquoi avez-vous de nouveau choisi un métier dit difficile, ingrat pour votre rôle principal? Il en était de même dans votre premier long métrage, Le Bleu des villes.
S.B. Huissier, c'est un métier difficile parce que l'on doit faire abstraction de ses sentiments. On doit être blindé pour ne pas avoir à faire aux émotions. Je trouve ça intéressant. Ca me touche les personnages qui tiennent la distance. J'ai affaire à des personnages qui ont des problèmes dans ce qui est de l'odre de l'affectif.

Pourquoi avoir choisi le tango comme fil conducteur du film?
S.B. Le tango n'est pas une danse désuète. Il y a énormément de bals. Le tango m'est venu très spontanément. J'ai pensé à ça car la mélancolie qui est associée au tango fait très largement écho à la mélancolie du personnage principal. Je psne que c'est une danse qui est pleine de sensualité et même de sexualité, mais il y a quelque chose de très élégant. Le personnage principal peut s'autoriser à aller vers cette danse parce qu'elle n'est pas trop "inquiétante". Elle est codifiée comme Jean-Claude, le personnage principal du film.


Où avez-vous puisé toute cette émotion, cette justesse et cette sensibilité?
S.B. Ma matière première, c'est mon histoire personnelle, c'est les réflexions que j'ai, ce que je ressens dans la vie. Et ensuite je projette dans les différents personnages à l'écran. Cette difficulté à communiquer avec les gens très proches, que l'on aime tellement... quand ça n'existe pas, c'est une douleur qutour de laquelle il est difficile de se construire, qui est un manque toute une vie. C'est effectivement quelque chose qui a marqué ma vie, comme elle a marqué plein plein de gens. C'est rare en fait que les choses soient exprimées en fait dans les familles à cause de la pudeur. Il y a de l'amour dans toutes les familles, mais il y a parfois peu de preuves d'amour, des mots qui ne sont pas dits. Ce que je trouvais émouvant, c'était de voir que Jean-Claude (Patrick Chesnais), quelqu'un de raide dans ses bottes, était toujours le fils, toujours un gamin: la douleur de l'enfant est toujours présente à 50 ans; il n'a rien réglé avec son père. La rencontre avec Françoise (Anne Consigny) va avoir des conséquences dans la relation avec son fils. Le père et le fils sont deux personnes qui se sont ratées. Jean-Claude n'a pas appris à aimer, n'a pas appris à être aimé.


Pourquoi ce titre?
S.B. Je pense que le titre peut s'adapter aux autres personnages: la secrétaire, le père de Jean-Claude, son fils... Ils ont du mal avec l'amour. C'est un titre qui a beaucoup partagé. Au moment de l'écriture, tout le monde avait un avis sur le titre: il était soit formidable soit suicidaire. Moi à l'arrivée, j'aime beaucoup ce titre et c'est première chose autour de laquelle je construis le film. J'ai besoin d'avoir le titre rapidement; ça me donne le sentiment de tenir mon sujet. C'est construit autour de cette problématique. J'écoute cette petite voix intérieure qui me fait venir des idées, des personnages; ensuite je construis dans le détail la psychologie des personnages, leurs rapports, leur évolution.

Anne Consigny, qu'est-ce qu'il y a de vous chez Françoise?
A.C. J'adore le personnage de Françoise. J'ai beaucoup d'admiration et de tendresse pour elle, donc je vais pas dire que je lui ressemble vachement! J'aimerais bien être comme elle: avoir cette dignité, cette abnégation, cette générosité et ce courage. Elle s'est donnée comme challenge d'etre fidèle aux autres; finalement c'est à elle qu'elle est attentive. Moi ça me touche beaucoup. Dans l'éducation que j'ai reçu et les gens de ma génération -j'ai grandi dans un milieu catholique pratiquant- on nous apprend beaucoup à être généreux mais surtout pas à être égoïste. J'aimerais bien pouvoir élever mes enfants dans cet esprit où l'on sait parfois être égoïste, penser à soi. On dit que quand on a un héros, on a quelque chose de lui en soi, donc disons que Françoise est mon héros et que j'ai quelque chose d'elle en moi!

Comment s'est faite la distribution du film?
S.B. Je n'écris pas en pensant à des acteurs car pour moi c'est très réducteur. Donc j'écris les personnages et ensuite je réfléchis à qui pourrait les interpréter. Il fallait quand même quelqu'un d'assez agé pour jouer le père de Jean-Claude. Il fallait aussi quelqu'un d'assez imposant qui puisse écraser Jean-Claude. Très vite, j'ai pensé à Georges Wilson. Il a d'abord refusé même s'il avait apprécié le scénario car il m'a dit "Le personnage du père de Jean-Claude, c'est moi! Donc c'est trop douloureux; je ne le ferais pas."



* propos recueillis au cinéma Les Studio de Tours, le 7 octobre 2005
Publié dans : Portraits et interviews de cinéastes - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander

Abonnez-vous





Add to netvibes

Add to Google Reader or Homepage

  • Flux RSS des articles

A l'affiche


Free counter and web stats   Wikio - Top des blogs - Cinema

Recherche

 
créer un photo blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus