Les Nouveaux Cinéphiles

Du court au long, coups de coeur et découvertes cinéma


La critique de cinéma sur Internet - épisode 2 : interview / Film de culte

Publié par Les Nouveaux Cinéphiles sur 3 Avril 2015, 06:49am

Catégories : #Petites confidences

A l'occasion des 10 ans du blog, découvrez un feuilleton d'entretien avec ceux et celles faisant battre le coeur de la critique de cinéma sur Internet. Pendant 10 semaines, nous vous proposerons un entretien avec des blogueurs et des fondateurs de sites cinéma.

Pour ce deuxième épisode, rendez-vous avec Nicolas Bardot, pour FilmDeCulte...

1- quand et pourquoi avez-vous eu l'idée de créer FilmDeCulte?

On fêtera nos 15 ans à la fin de l'année. Par rapport à tous les blogs nés ces dernières années et les sites qui ont jeté l'éponge depuis, nous sommes donc un site préhistorique :) Je suis arrivé un an après la création du site. Ses fondateurs et moi-même échangions à la base sur le forum de l'ancien site Première. On y postait des avis, qui peu à peu ont commencé à ressembler à des critiques. Nous étions passionnés de ciné, et étudiants pour la plupart. Avec donc du temps à consacrer au site. En fait, si FilmDeCulte existe, c'est grâce à Première.


2- comment définiriez-vous la ligne éditoriale ?

Au départ notre traitement de l'actualité cinématographique était assez généraliste, sans ligne éditoriale très claire. Les années ont passé, et le site a évolué. On s'est naturellement, par goût, spécialisé dans le cinéma d'auteur en ne cherchant plus nécessairement à traiter tous les films qui sortent. D'abord parce que si c'était envisageable il y a dix ans, ça n'a plus de sens aujourd'hui avec des semaines à 20 sorties. Parler de tout équivaut parfois à parler de rien, on préfère passer davantage de temps sur les films qui valent le coup et leur consacrer davantage d'exposition. Et c'est parfois (souvent) des films sous-exposés ailleurs.

On traite du cinéma d'auteur dans tous ses genres, ce qui nous permet un grand éclectisme. Il y a beaucoup de films labellisés "auteur" qui sortent chaque semaine et qui n'ont pas un grand intérêt (et qui d'ailleurs sont tellement standardisés qu'on peut difficilement parler de films d'auteur) - alors qu'il y a justement dans le cinéma de genre des formes parfois beaucoup plus intéressantes (et pas forcément considérées comme du cinéma d'auteur). Le cinéma d'auteur, ça ne s'exprime pas que dans les drames world ou des (télé)films français. Le cinéma d'horreur, qui est une de nos spécialités, peut parfaitement être du cinéma d'auteur ; et on voit régulièrement des auteurs s'exprimer dans des grosses productions, voire du blockbuster (dont on parle aussi). Ça paraît évident à rappeler en 2015, ça ne l'est en fait pas du tout quand on voit la place du cinéma de genre dans les festivals (grandissante mais marginale) ou dans la presse. Notre contenu éditorial est aussi largement dédié aux découvertes et jeunes cinéastes, ainsi qu'à la couverture massive de différents festivals (où se font justement les découvertes). Quand on va à Cannes, on ne met pas un pied aux fêtes :)

L'idée, en plus des films attendus dont d'autres parleront, c'est de faire des découvertes et de susciter la curiosité. Et de mettre en ligne des choses qu'on ne trouvera pas ailleurs, comme notre série de dossiers consacrés aux nouveaux cinéastes par pays (on a fait le Japon, la Thaïlande, la Suède, l'Allemagne, le Chili, la Corée, en attendant les prochains) ou nos dossiers annuels sur les films inédits en France et qui mériteraient de sortir en salles, souvent composés de textes "exclusifs" (terme galvaudé mais c'est souvent le cas pour ces articles). Si je devais faire la même chose que tout le monde, je ne m'amuserais pas.


3 - combien de personnes animent le site ? comment fonctionnez-vous pour animer le site?

Quotidiennement, nous faisons tourner le site à moins de cinq rédacteurs. Mais nous avons des collaborateurs qui participent ponctuellement dans l'année, parfois en festivals. Nous avons une correspondante au Canada qui a la possibilité de voir des films plus tôt, lors de la saison Oscars par exemple.

Pour le fonctionnement, sauf exceptions (des sorties événementielles, des dossiers ou entretiens spéciaux), notre Une change tous les jours, nous avons un entretien par semaine et différentes news sont mises en ligne quotidiennement. Nous suivons généralement l'actu, mais on garde une certaine liberté. C'est souvent important de ralentir le pas et laisser du temps à des films qui ont besoin qu'on parle d'eux. Par ailleurs, on consacre régulièrement nos Une à des inédits en France, avec des réalisateurs qui viennent présenter leur long métrage, et ça c'est évidemment hors du planning traditionnel des sorties.

Sinon, et ça joue forcément dans le fonctionnement du site : nous sommes tous bénévoles. On gagne par la pub quelques sous qui sont réinvestis dans le site mais personne n’est rémunéré. Ça fait 15 ans qu’on fait du bénévolat.


4 - pensez-vous qu'internet est le nouvel eldorado de la critique / journalisme cinéma ? Pourquoi?

C'est compliqué :)

C'est une opportunité excitante parce que la presse internet ne subit pas la même pression financière que les journaux et magazines. On a plus de liberté, ce qui est essentiel vu ce dont on parle, et c'est un atout énorme. Par exemple la plupart des grands médias n'envoie leur rédacteur que pour un weekend à la Berlinale, et ce qui est désigné comme un compte rendu du festival ne rend compte de quasiment rien. Là c'est à nous d'en profiter - quand on va à la Berlinale, on le paye de notre poche, mais on essore le festival le plus possible. D'autant que nous sommes sur le net et qu'il faut profiter de cette immédiateté. Quand on établit un partenariat, c'est qu'on a d'abord eu un coup de cœur. Ce n'est pas un partenariat qui vient ensuite dicter notre contenu éditorial. Ça, c'est aussi très précieux.

L'idée c'est de proposer ce que les autres, sauf exceptions, ne proposent pratiquement plus (parfois parce que la situation difficile de la presse rend les choses impossibles). Si on est libre, profitons-en : si on a un coup de cœur, on consacre notre Une au film même s'il est diffusé dans une salle et qu'il ne fera pas autant de buzz que telle autre grosse sortie. C'est devenu payant: ces dernières années, on fait plus de clics avec "Shirley: Visions of Reality" qu'avec "Interstellar", avec "Miss Zombie" (le gagnant 2014 de Gérardmer) qu'avec le dernier "X-Men", et "Something Must Break", film suédois qui a eu une micro-sortie en décembre, a été autant lu que le dernier Michael Bay. On a, du coup, l'impression à notre échelle de participer à quelque chose. Et puis c'est gratifiant d'être parfois parmi les seuls à avoir l'interview de tel ou tel jeune cinéaste sur lequel on parie. On fait une cinquantaine d'interviews par an, et l'interview, c'est un vrai prolongement de la critique. Ça nous évite d'être juste un blog avec un robinets d'avis sur les sorties.

C'est à cet égard que cette idée de nouvel eldorado a ses limites. On a des confrères qui font très bien leur boulot avec les moyens du bord. Mais la plupart du temps, plus de blogs = plus de la même chose. Avec la même interface, le même contenu, le même film en une... C'est encore plus déprimant que pour les journaux qui, eux, peuvent souffrir de certaines contraintes. La diversité me semble aller de soi : quand on voit des films, quand on rencontre des réalisateurs, quand on fait des news, ça concerne le cinéma du monde entier. Pour les news par exemple, quand on en trouve sur des sites de ciné généralistes, elles sont consacrées aux projets américains, français et basta ou presque. Heureusement, des confrères comme Filmosphère parlent aussi de cinéma asiatique dans leurs news mais rares sont les sites à en faire autant. Ça traduit un manque de curiosité qui est regrettable (un manque de curiosité de la presse qui nous est confirmé par certains attachés de presse et distributeurs).

5 - quelles revues critiques (papier, web, radio, télé) avez-vous l'habitude de lire ?

J'ai commencé par lire Première il y a 20 ans. J'ai pu lire ensuite Positif qui était à ma bibliothèque, j'ai lu ensuite un peu de Cahiers, sans être un lecteur régulier. Aujourd'hui, je lis par exemple des sites étrangers comme Twitch, qui est une mine en termes de curiosités, ou The Playlist dont le contenu est riche et assez varié. En France, je vais peut-être plus vers des signatures qu'un support en particulier: j'apprécie ce que font Stéphane du Mesnildot ou Sophie Avon par exemple. Mais plus j'écris pour FilmDeCulte, moins je lis les autres. C'est d'abord venu en festival où tu ressens le côté "discussion de file d'attente" ou "discussion post-projection", j'ai toujours l'impression que ça finit par déformer le ressenti personnel. Et puis finalement, si on doit rendre compte d'une expérience intime, ça me semble plus intéressant de plonger en scaphandre en projection de presse ou en festival. Et ça n'empêche pas de reste sensible et ouvert, de se demander en quoi le film s'imbrique dans l’œuvre d'un réalisateur ou dans le monde. Sauf qu'on le fait tout seul :) Du coup, je ne lis plus qu'occasionnellement, à part les noms dont je vous ai parlés. Finalement, ces derniers temps, j'ai surtout lu de la critique hors journaux, comme les volumes de critiques réédités de Pauline Kael ou récemment les entretiens de Michel Ciment qui raconte beaucoup de choses sur la critique.


6 - y a t-il un blog / site méconnu que vous aimeriez faire connaitre via cette interview ?

Même si le site est moins actif dernièrement, je trouve qu'Asiafilm.fr fait du très bon boulot en termes de découvertes, avec un point de vue personnel, ce qui n'est pas toujours le cas partout. Un site comme chaosreign.fr propose aussi une vraie alternative curieuse.


7 - quel est votre film de chevet ?

Ah ! C'est impossible de n'en citer qu'un. Vous m'auriez demandé avant-hier, je vous aurais dit "Les Contes de la lune vague après la pluie" de Mizoguchi, hier "Les Prédateurs" de Tony Scott, demain "Mulholland Dr" de Lynch et après demain "Shara" de Naomi Kawase. Aujourd'hui, je dirais "House" de Nobuhiko Obayashi qui pour moi est un film idéal : unique, poétique, barré, excitant, entièrement tourné vers l'imaginaire. Ça fait partie de ce que je recherche avant tout au cinéma.

8 - qu'est-ce qui a déclenché chez vous l'envie de faire de la critique ?

Il n'y a pas eu de déclencheur. C'est venu assez naturellement, par goût du cinéma, de l'écriture et du partage. Quand j'entends, comme c'est souvent le cas, des commentaires amers sur la critique, j'ai l'impression qu'on parle de tout autre chose. Pour moi c'est une activité foncièrement positive, c'est un engagement quand elle peut servir de contre-pouvoir, c'est enrichissant pour moi en tant que spectateur et j'espère pour le lecteur. Quand je n'aurai plus cette excitation et cette curiosité, je laisserai tomber.

--> Découvrir FilmDeCulte.com

Voir les autres épisodes :

Episode 10 --> Films de Lover

Episode 9 --> Sur la route du cinéma

Episode 8 --> Accreds

Episode 7 --> Critikat

Episode 6 --> Le Bleu du miroir

Episode 5 --> Le Passeur critique

Episode 4 --> Cinesthesia

Episode 3 --> Pop and Films

Episode 1 --> In the mood for cinéma

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Articles récents