Samedi 27 octobre 2007
IMG-0513.JPG Avis aux amateurs de courts métrages! Saviez-vous qu'une émission y était exclusivement consacrée sur la web TV, La Télé Libre? Cette interview inédite est l'occasion d'en savoir un peu plus sur cette émission, Libres Courts. Elle est accessible gratuitement quand on veut comme on veut sur www.latelelibre.fr... Parlez en autour de vous!
A l'occasion du 8e numéro (accessible ici), son concepteur et présentateur nous accorde une interview.


Comment cette émission a t-elle vu le jour sur La Télé Libre? Avez-vous été sollicité? Avez-vous présenté le projet qui a été accepté? 

J'avais entendu dire qu'une Web TV était en train de se créer sous l'impulsion de John Paul Lepers, journaliste connu pour son impertinence et ses reportages très engagés et incisifs. Il s'agirait d'une télé citoyenne, qui se baserait à la fois sur des reportages réalisés par l'équipe fondatrice et des contributions extérieures de journalistes et personnes lambda. J'ai eu l'occasion de rencontrer un des instigateurs du site lors d'un débat et j'ai pris son contact. Au mois de janvier 2007, la Télé Libre voyait le jour et je me suis rendu à la grande soirée de lancement avec mon projet sous le bras. J'avais depuis longtemps l'envie de proposer le concept d'une émission de courts-métrages et j'ai senti très vite qu'elle pourrait trouver sa place sur ce nouveau média. J'ai rencontré un des cadres de la structure, lui ai présenté mon projet et il m'a dit "banco". La seule condition étant que je me débrouille tout seul à trouver les courts, à tourner et à monter. En résumé, comme tout est basé sur du travail bénévole, chacun s'occupe de son concept, avec malgré tout la possibilité de les appeler à l'aide s'il y a un problème. J'ai tourné ma première émission en mars et elle a été publiée an avril. L'aventure de Libres Courts a commencé comme cela.
 
Pouvez-vous me dire quelques mots sur votre parcours? J'ai vu sur Internet par exemple que vous participiez depuis plusieurs années à une association de courts métrages, Fricero Films.
Je suis journaliste de métier, rédacteur pour un magazine sur la création d'entreprise. Mais le cinéma est plus qu'une passion depuis mon adolescence. Je suis originaire de la région niçoise où depuis l'âge de 14 ans, je participe à des courts-métrages avec trois amis d'enfance, dont un réalise depuis l'âge de huit ans. Nous nous sommes toujours suivis et en
grandissant, à force de tourner des films qui, si on les regardait aujourd'hui, seraient ridiculement nuls, nous avons décidés de créer un collectif qui a emprunté le nom de famille du réalisateur : Fricero Films. Nos courts-métrages sont devenus de plus en plus professionnels, nous avons eu de plus en plus de moyens, et nous avons décidés en 2004 d'officialiser tout cela en association loi 1901. Emmanuel Fricero, réalisateur de métier, en est le président, son frère est spécialisé dans le graphisme, le design et la création web, le troisième fait office de régisseur général et je suis chargé des relations presse, de la communication, en plus d'activités de scénariste et de rédaction pour notre site Web. Quand je suis venu sur Paris pour terminer mes études de journalisme il y a trois ans, j'avais toujours dans l'esprit de faire une émission sur le film court car je baigne dedans depuis bientôt dix ans.
 
Votre liberté est-elle totale pour réaliser cette émission (choix des films, des reportages, lieux de tournages, moyens financiers, etc.)? 

Non seulement ma liberté est totale mais j'ai une totale confiance de la part de La Télé Libre. Je suis complétement indépendant et c'est aussi pour cela que je me suis tourné vers eux. Le concept d'une télé dite "libre" induisait que j'allais pouvoir présenter les films que je voulais, tourner où je voulais, etc. La contrepartie de cela c'est que je suis aussi seul pour produire l'émission, je sollicite le réalisateur de mon association quand je suis sur Nice pour cadrer et quand je suis à Paris, La Télé Libre me met un caméraman à disposition. Je me débrouille pour trouver les lieux de tournage, organiser la venue des réalisateurs pour les interviews, trouver les films et me les faire envoyer... Mais c'est cela aussi qui m'interesse : un rapport direct avec des jeunes réalisateurs qui ont, tout comme nous avons pu le vivre avec notre association, des difficultés pour se faire connaître. Là, je suis près d'eux, je les connais et je laisse leur talent s'exprimer quel que soit le genre du court. J'ai d'ailleurs le souvenir d'un film qui avait choqué pour la troisième émission de Libres Courts. Il s'agissait de "Accroc" qui traitait du cannibalisme et qui montrait des images très crues d'un homme mangeant le mollet d'une femme. Un court d'horreur très trash mais qui méritait d'être montré pour la performance vu que tout était très bien fait, le scénario tient la route et les effets spéciaux sont très travaillés. Cela a provoqué un tollé chez les internautes mais à La Télé Libre, ils se sont contentés de me dire qu'ils n'avaient pas adhéré. Rien de plus. Je suis libre et si je ne l'étais pas, je pense que j'arrêterai.
 
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Comment pensez-vous que Libres courts se distingue d'autres émissions sur les courts métrages? Quelle est sa particularité selon vous? 
D'abord, il s'agit tout simplement de la seule et unique émission de diffusion de court-métrage actuellement sur Internet. En cela, elle est inédite. Aucun site ne propose un programme construit, présenté, avec des interviews, sur des décors différents chaque mois, etc. J'ai par ailleurs à coeur de proposer de l'humain dans cette émission : il ne s'agit pas que de présenter des films, il s'agit aussi  de présenter son réalisateur pour savoir pourquoi il l'a réalisé, avec quels moyens, quel message il a voulu faire passer. Je ne l'ai pas fait à chaque émission mais j'essaye le plus possible de ne pas être seul à présenter comme un Jean-Pierre Foucaut du cinéma. Je veux mettre en lumière les jeunes réalisateurs, moi je n'existe pas. Ensuite, sa deuxième particularité réside dans la nouvelle formule que je vais lancer pour la 8e édition : après chaque court-métrage, je vais débattre avec le réalisateur et des invités (institutionnels, journalistes, citoyens lambda) sur le thème du film. J'ai voulu faire évoluer la chose en proposant une discussion, provoquer la polémique, permettre un échange d'idées. Cela, aucune émission de courts, même sur les chaînes hertziennes ou du câble, ne le fait.
 
Regardez-vous régulièrement des émissions de courts métrages à la télé? Quelle est celle qui vous intéresse le plus?

Malheureusement je n'ai pas le câble et je suis peu au rendez-vous des émissions sur les chaînes principales. D'autant que ça ne m'interesse que peu : la plupart présentent des films financés par des boîtes de production, très léchés, tournés en pellicule ou en HD, avec des comédiens connus... Moi je m'attache à ceux qui réalisent avec trois bouts de ficelles, qui se débrouillent pour trouver l'argent, les comédiens... Même si ce n'est pas parfait, le principal est que le film m'ait touché et que ça ne soit pas amateur. Je veux sortir du système du cinéma/argent pour donner la parole et une visibilité à ceux qui ne proposent que leur talent et leur passion. Les autres émissions, mise à part "Les films fait à la maison" sur Canal Plus, sont à mon goût trop formelles. 
 
Dans le dernier numéro de L.C., vous évoquez l'élaboration d'une nouvelle formule? En quoi consistera t-elle? 
Comme je le disais précédemment, il s'agira de se concentrer sur un court-métrage, ou deux s'ils sont vraiment très courts, et de débattre du thème du film juste après. Pour la 8e édition par exemple, je présente un court-métrage choc sur la domination masculine sur la femme. Nous allons en parler avec quatre invités et voir si cela correspond à une réalité, ce qu'il est possible de faire, etc. L'échange d'idées est quelque chose d'important pour moi. On ne changera pas le monde en donnant des avis sur des thèmes de société mais on peut au moins essayer de lancer un débat. J'ai voulu sortir du schéma classique des émissions de courts avec une présentation/une diffusion et innover. Les prochaines éditions se baseront autour du problème de la surdité dans la société, l'image médiatique des banlieues, les maltraitances de prisonniers comme à Abou Graib... Et à chaque fois, nous en parleront.
 
Avez-vous pour projet de vous déplacer sur d'autres festivals prochainement?
J'essaye de me déplacer en festivals de temps en temps mais s'ils ne sont pas sur Paris, je ne peux pas trop me déplacer et faire venir un cadreur à mes frais. Mais j'aime beaucoup ce genre de manifestations, elles sont propices aux discussions. Mais Libres Courts marche plutôt bien et je reçois toutes les semaines au moins un court-métrage de la part d'internautes. J'ai donc un réservoir de talents que je peux exploiter sans aller en festival.
Mais j'aime cette ambiance et pourquoi pas organiser dans l'avenir un grand débat au sein même d'une de ces manifestations. Ca y est, vous venez de me donner une idée ...

www.latelelibre.fr

www.myspace.com/librescourts
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Vendredi 26 janvier 2007
en association avec www.imedias.biz

Depuis ses débuts, ce site s'attache à parler de cinéma et de sa médiatisation. Après Isabelle Giordano, j'ai eu le plaisir d'interviewer Daniela Lumbroso qui fait son come-back en prime-time demain soir sur France 2. Elle a accepté de parler de sa participation à Comme au cinéma.

Comment expliquez-vous que l’on vous ai beaucoup moins vue depuis quelques temps ?
Il y a eu plusieurs choses. D’abord, il y a eu une volonté de France 2 -avec une nouvelle équipe- d’installer de nouvelles émissions. Et donc il fallait forcément faire un peu de place dans les émissions existantes et donc c’est tombé sur moi ! Ensuite, j’ai eu envie de me concentrer sur mes productions avec la boite de production que j’ai crée il y a 2 ans, Degel Prod. Et puis, il y a un effet à retardement car j’apparais maintenant comme si j’avais vraiment disparu pendant 6 mois alors que mes contrats sont signés depuis longtemps ! Je travaille depuis le mois de septembre sur des émissions qui vont apparaître maintenant à l’antenne. Donc tout se passe bien !

Vous dîtes « c’est tombé sur moi ». France 2 vous a délibérément mise à l’écart ?
C’est un peu l’inverse en fait ! D’après ce qui m’a été dit, ce n’était pas du tout dirigé contre moi. Il y a des gens qui ont vu leurs émissions supprimées comme Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel pour des raisons qui leur étaient propres ; moi, on m’a dit que c’était plus une envie de nouveauté, mais qu’on réfléchissait en même temps à ce qu’on allait faire ensemble.

Avant de créer votre boite de production, vous aviez connu certaines difficultés vis-à-vis de France 2. Je pense en particulier à Comme au cinéma où vous vous êtes sentie à l’étroit en terme de ligne éditoriale.
C’est exactement ça. J’ai passé 7 ans sur LCI où j’étais rédactrice en chef et je dirigeais le contenu de mes émissions. Quand je suis passée sur France 2, je suis devenue animatrice et donc ce n’était pas moi qui choisissait ce qu’il y avait dans l’émission. J’ai travaillé longtemps avec des producteurs avec lesquels j’étais en harmonie, mais quand on se retrouve tout d’un coup embringuée, comme c’était le cas effectivement avec le cinéma, dans une émission où finalement on n’est pas du tout en accord éditorialement parlant avec le contenu de l’émission, c’est très difficile de la présenter et de la défendre. Avec ma boite de production, je voulais pouvoir apporter mes propres idées, mes propres envies dans les émissions que je présente. La Fête de la chanson française, par exemple, c’est exactement l’émission dont je rêvais et que j’avais envie moi-même de voir en tant que spectatrice.

Avec le recul, y a-t-il certains projets que vous avez accepté que vous regrettez  à présent ? Comme au cinéma par exemple ?
C’est vrai que le cinéma, c’était une erreur dans la mesure où il n’y avait pas de latitude et que le contenu du projet n’était pas bon. En même temps, le thème me plaisait, mais je ne pouvais pas imaginer que ça se passerait comme ça. Je ne regrette pas ; il fallait le tenter. Mais non, il n’y a pas d’émission que je regrette vraiment, dont je ne sois pas fière. Je revoyais récemment des émissions de Y’a un début à tout. Je trouve vraiment qu’on a été copié par énormément de talk-shows. On a été assez précurseur en fait. La même chose pour Les coulisses du pouvoir qui avait vraiment des reportages de bonne qualité. Je trouve qu’au contraire -que ce soit avec mes productions ou avec d’autres producteurs-, on a toujours été plutôt dans les émissions qui ont lancé des tendances.

Quelles sont vos envies actuellement ? Plutôt vers le divertissement comme avec La Fête de la chanson française ?
C’est toujours la même chose. Je fais à la fois du divertissement et beaucoup de culture. C’est vrai que je suis peut être une intello, mais une intello qui a des émotions, des frissons en entendant de la musique et je vois pas en quoi c’est contradictoire. Je fais du divertissement car c’est encore quelque chose que j’aime. En même temps, je sors un livre par exemple, qui est une biographie de Françoise Dolto. C’est un personnage qui m’a passionnée et c’est quelqu’un de très libre. Pour moi, c’est tout à fait complémentaire.

Vous avez donc besoin de cette complémentarité ?
Ca fait maintenant 15 ans que je fais ça, que je fais de la télé. Je crois qu’on ne peut pas tricher. On fait des choses qui nous ressemblent. C’est différent quand on débute. J’ai commencé en présentant un jeu qui s’appelait Question de charme, alors que je n’étais pas téléspectatrice de jeux. Donc je ne l’ai fait qu’une seule fois. Au début, on peut faire un peu semblant. Après, on ne peut plus. Ce que j’ai fait depuis maintenant 14 ans, ce ne sont que des choses qui font partie de moi.

Les projets avec votre boite de production vont donc refléter cette complémentarité ? Qu’avez-vous en préparation ?
J’ai encore des projets pour des émissions de variété sur France 2. J’ai un projet d’un magazine pour France 2 sur la nutrition car c’est un sujet qui m’intéressait énormément depuis quelques années. J’ai aussi un projet en production pour une autre chaîne d’un magazine, plus du côté culture, sur le slam. Ce mélange de poésie et de rap est quelque chose que j’aime musicalement avec en même temps un contenu fort. On a d’autres projets encore, comme des documentaires.

Vous avez produit La Fête de la chanson française. Elle a la particularité de réunir beaucoup d’artistes et d’horizons très divers, de Charles Aznavour à Grand Corps Malade, en passant par Olivia Ruiz et Philippe Katerine. A-t-il été difficile de former ce plateau d’invités ?
J’ai la chance que ça soit la 3e édition donc les artistes et les maisons de disque connaissent maintenant l’émission. Je crois qu’ils ont vraiment envie d’en faire partie parce que c’est l’histoire du siècle à travers les chansons qui ont marqué nos mémoires. On a travaillé longtemps pour cette émission, au niveau de la lumière, de la salle notamment. Il y a 5000 personnes au total ; nous avons enregistré au Zénith de Paris. Les artistes ont l’impression de faire leur vrai métier, de chanter en public. Et le concept, de remonter le siècle en 4 heures, permet d’avoir une telle variété. D’habitude, on a soit les émissions branchées type Taratata, soit une émission de prime de samedi soir avec des valeurs sures ; là ça permet de faire les deux.

D’où vient cette idée de livre sur Françoise Dolto ?
Ma démarche a été de me concentrer exclusivement sur sa vie, pas du tout sur son oeuvre. Ce n’est pas un livre de psychanalyse. En revanche, c’est un livre sur quelqu’un qui s’est passionné pour l’être humain. Cette femme a traversé le siècle ; elle a eu très tôt la révélation de ce qu’elle voulait faire. Le livre s’appelle Françoise Dolto, la vie d’une femme libre. C’est à cette liberté que je me suis intéressée et à cette femme.

C’est votre 2e livre. En avez-vous d’autres en tête ?
J’aimerais bien écrire un roman. J’avais eu un projet que je n’ai pas mené encore, mais que je voudrais reprendre. Ce serait l’histoire de trois copines !

En dehors de la télé et de la littérature, avez-vous d’autres envies ? Internet par exemple ? Vous venez de créer votre site officiel ?
Oui, je me suis battue pour avoir un vrai site officiel, dont j’étais à l’initiative.
Je veux qu’on y trouve des choses inédites, comme une rubrique avec des vidéos. Elles seront prises avec mon portable au jour le jour et ça m’accompagnera dans ce que je fais. Internet m’intéresse énormément, tout comme la radio. C’est là que j’ai commencé d’ailleurs, à France Inter. J’aimerais bien en faire de nouveau. Il y a une décontraction qui y est très agréable. Il y a vraiment un message qui passe sans les fioritures autour. C’est très très direct.

Depuis votre « retour » et aussi la création de ce site Internet, on sent en vous une forte envie de communiquer ?
Oui. Je pense que l’année dernière il y a beaucoup de choses qui ont circulé et qui ne sont vraiment pas la réalité sur ce qui me concerne. J’ai envie d’avoir une relation plus directe avec les téléspectateurs.
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Vendredi 26 janvier 2007

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Depuis ses débuts, ce site s'attache à parler de cinéma et de sa médiatisation. Après Isabelle Giordano, j'ai eu le plaisir d'interviewer Daniela Lumbroso qui fait son come-back en prime-time demain soir sur France 2. Elle a accepté de parler de sa participation à Comme au cinéma.

Comment expliquez-vous que l’on vous ai beaucoup moins vue depuis quelques temps ?
Il y a eu plusieurs choses. D’abord, il y a eu une volonté de France 2 -avec une nouvelle équipe- d’installer de nouvelles émissions. Et donc il fallait forcément faire un peu de place dans les émissions existantes et donc c’est tombé sur moi ! Ensuite, j’ai eu envie de me concentrer sur mes productions avec la boite de production que j’ai crée il y a 2 ans, Degel Prod. Et puis, il y a un effet à retardement car j’apparais maintenant comme si j’avais vraiment disparu pendant 6 mois alors que mes contrats sont signés depuis longtemps ! Je travaille depuis le mois de septembre sur des émissions qui vont apparaître maintenant à l’antenne. Donc tout se passe bien !

Vous dîtes « c’est tombé sur moi ». France 2 vous a délibérément mise à l’écart ?
C’est un peu l’inverse en fait ! D’après ce qui m’a été dit, ce n’était pas du tout dirigé contre moi. Il y a des gens qui ont vu leurs émissions supprimées comme Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel pour des raisons qui leur étaient propres ; moi, on m’a dit que c’était plus une envie de nouveauté, mais qu’on réfléchissait en même temps à ce qu’on allait faire ensemble.

Avant de créer votre boite de production, vous aviez connu certaines difficultés vis-à-vis de France 2. Je pense en particulier à Comme au cinéma où vous vous êtes sentie à l’étroit en terme de ligne éditoriale.
C’est exactement ça. J’ai passé 7 ans sur LCI où j’étais rédactrice en chef et je dirigeais le contenu de mes émissions. Quand je suis passée sur France 2, je suis devenue animatrice et donc ce n’était pas moi qui choisissait ce qu’il y avait dans l’émission. J’ai travaillé longtemps avec des producteurs avec lesquels j’étais en harmonie, mais quand on se retrouve tout d’un coup embringuée, comme c’était le cas effectivement avec le cinéma, dans une émission où finalement on n’est pas du tout en accord éditorialement parlant avec le contenu de l’émission, c’est très difficile de la présenter et de la défendre. Avec ma boite de production, je voulais pouvoir apporter mes propres idées, mes propres envies dans les émissions que je présente. La Fête de la chanson française, par exemple, c’est exactement l’émission dont je rêvais et que j’avais envie moi-même de voir en tant que spectatrice.

Avec le recul, y a-t-il certains projets que vous avez accepté que vous regrettez  à présent ? Comme au cinéma par exemple ?
C’est vrai que le cinéma, c’était une erreur dans la mesure où il n’y avait pas de latitude et que le contenu du projet n’était pas bon. En même temps, le thème me plaisait, mais je ne pouvais pas imaginer que ça se passerait comme ça. Je ne regrette pas ; il fallait le tenter. Mais non, il n’y a pas d’émission que je regrette vraiment, dont je ne sois pas fière. Je revoyais récemment des émissions de Y’a un début à tout. Je trouve vraiment qu’on a été copié par énormément de talk-shows. On a été assez précurseur en fait. La même chose pour Les coulisses du pouvoir qui avait vraiment des reportages de bonne qualité. Je trouve qu’au contraire -que ce soit avec mes productions ou avec d’autres producteurs-, on a toujours été plutôt dans les émissions qui ont lancé des tendances.

Quelles sont vos envies actuellement ? Plutôt vers le divertissement comme avec La Fête de la chanson française ?
C’est toujours la même chose. Je fais à la fois du divertissement et beaucoup de culture. C’est vrai que je suis peut être une intello, mais une intello qui a des émotions, des frissons en entendant de la musique et je vois pas en quoi c’est contradictoire. Je fais du divertissement car c’est encore quelque chose que j’aime. En même temps, je sors un livre par exemple, qui est une biographie de Françoise Dolto. C’est un personnage qui m’a passionnée et c’est quelqu’un de très libre. Pour moi, c’est tout à fait complémentaire.

Vous avez donc besoin de cette complémentarité ?
Ca fait maintenant 15 ans que je fais ça, que je fais de la télé. Je crois qu’on ne peut pas tricher. On fait des choses qui nous ressemblent. C’est différent quand on débute. J’ai commencé en présentant un jeu qui s’appelait Question de charme, alors que je n’étais pas téléspectatrice de jeux. Donc je ne l’ai fait qu’une seule fois. Au début, on peut faire un peu semblant. Après, on ne peut plus. Ce que j’ai fait depuis maintenant 14 ans, ce ne sont que des choses qui font partie de moi.

Les projets avec votre boite de production vont donc refléter cette complémentarité ? Qu’avez-vous en préparation ?
J’ai encore des projets pour des émissions de variété sur France 2. J’ai un projet d’un magazine pour France 2 sur la nutrition car c’est un sujet qui m’intéressait énormément depuis quelques années. J’ai aussi un projet en production pour une autre chaîne d’un magazine, plus du côté culture, sur le slam. Ce mélange de poésie et de rap est quelque chose que j’aime musicalement avec en même temps un contenu fort. On a d’autres projets encore, comme des documentaires.

Vous avez produit La Fête de la chanson française. Elle a la particularité de réunir beaucoup d’artistes et d’horizons très divers, de Charles Aznavour à Grand Corps Malade, en passant par Olivia Ruiz et Philippe Katerine. A-t-il été difficile de former ce plateau d’invités ?
J’ai la chance que ça soit la 3e édition donc les artistes et les maisons de disque connaissent maintenant l’émission. Je crois qu’ils ont vraiment envie d’en faire partie parce que c’est l’histoire du siècle à travers les chansons qui ont marqué nos mémoires. On a travaillé longtemps pour cette émission, au niveau de la lumière, de la salle notamment. Il y a 5000 personnes au total ; nous avons enregistré au Zénith de Paris. Les artistes ont l’impression de faire leur vrai métier, de chanter en public. Et le concept, de remonter le siècle en 4 heures, permet d’avoir une telle variété. D’habitude, on a soit les émissions branchées type Taratata, soit une émission de prime de samedi soir avec des valeurs sures ; là ça permet de faire les deux.

D’où vient cette idée de livre sur Françoise Dolto ?
Ma démarche a été de me concentrer exclusivement sur sa vie, pas du tout sur son oeuvre. Ce n’est pas un livre de psychanalyse. En revanche, c’est un livre sur quelqu’un qui s’est passionné pour l’être humain. Cette femme a traversé le siècle ; elle a eu très tôt la révélation de ce qu’elle voulait faire. Le livre s’appelle Françoise Dolto, la vie d’une femme libre. C’est à cette liberté que je me suis intéressée et à cette femme.

C’est votre 2e livre. En avez-vous d’autres en tête ?
J’aimerais bien écrire un roman. J’avais eu un projet que je n’ai pas mené encore, mais que je voudrais reprendre. Ce serait l’histoire de trois copines !

En dehors de la télé et de la littérature, avez-vous d’autres envies ? Internet par exemple ? Vous venez de créer votre site officiel ?
Oui, je me suis battue pour avoir un vrai site officiel, dont j’étais à l’initiative.
Je veux qu’on y trouve des choses inédites, comme une rubrique avec des vidéos. Elles seront prises avec mon portable au jour le jour et ça m’accompagnera dans ce que je fais. Internet m’intéresse énormément, tout comme la radio. C’est là que j’ai commencé d’ailleurs, à France Inter. J’aimerais bien en faire de nouveau. Il y a une décontraction qui y est très agréable. Il y a vraiment un message qui passe sans les fioritures autour. C’est très très direct.

Depuis votre « retour » et aussi la création de ce site Internet, on sent en vous une forte envie de communiquer ?
Oui. Je pense que l’année dernière il y a beaucoup de choses qui ont circulé et qui ne sont vraiment pas la réalité sur ce qui me concerne. J’ai envie d’avoir une relation plus directe avec les téléspectateurs.

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Mercredi 24 janvier 2007

en association avec le site www.imedias.biz

Court-Circuit est une émission de référence dans le milieu du court métrage. N’est ce pas compliqué d’imposer une nouvelle formule aux fidèles de l’émission ?
Je ne crois pas. Arte a constaté un effritement de l’audience donc cherche un peu à repositionner cette case là, en conservant l’esthétique, mais en essayant de gagner un nouveau public. La formule de départ, c’était de passer d’un magazine de fond à un magazine peut être un peu plus léger, présentant davantage le court métrage en train de se faire. Etre un peu plus vivant, plus accès sur les making off, sur l’artisanat du court métrage. Cela n’empêche pas de rester dans la ligne éditoriale précédente, exclusivement centrée sur le court métrage de création. On fera aussi des sujets sur les problématiques économiques par exemple.
L’autre sujet de réflexion lorsque l’appel d’offre a été lancé pour Court-Circuit, c’était comment réagir, domestiquer ce qui est en train de se passer avec les sites communautaires, les myspace. Comment essayer de rebondir sur ces nouveaux modes de diffusion en séduisant ces communautés dans un cadre éditorial plus ambitieux, moins anarchique ?
On ne cherche pas à privilégier la création numérique. Simplement, c’est vrai que toutes les chaînes se posent des questions en ce moment : Internet devient un mode de diffusion gratuit et beaucoup plus ouvert que le programme télévisuel figé. Donc la réflexion d’Arte pour ce qui est du court métrage, c’est de se dire : profitons du média Internet pour attirer ce public qui va chercher des courts métrages ou des créations de format court à droite-à gauche sur des sites gratuits, donc finalement s’adresser à un plus large public. C’est une manière de faire revenir les jeunes vers la télé via Internet, comme beaucoup de chaînes le font actuellement.
C’est donc simplement une petite métamorphose en profitant d’Internet et en changeant un petit peu d’équipe éditoriale.

Vous parlez d’une « petite métamorphose ». Le magazine va-t-il garder la même construction ?
On voulait changer l’habillage pour marquer un peu le changement, mais Arte ne l’a pas souhaité parce que ça fait partie d’une longue réflexion globale de la chaîne. La voix change mais c’est toujours une voix off qui fait les interludes et les lancements de sujet. Ensuite, les changements sont d’ordre éditorial : plus de making off, plus de portraits et puis surtout il y a la volonté de prendre un angle plus pédagogique, d’expliquer des choses techniques ou les pratiques artistiques. Il y aura deux rubriques phares pour ça : La Leçon, sur les techniques d’animation, et Le Truc, sur les outils et techniques du cinéma. Tout cela sera ensuite accessible sur Internet. Cela permettra d’approfondir ce qui était développé dans le sujet et de lui donner un côté interactif. Les internautes pourront aussi produire leur propre montage en ligne, à partir de rushes de réalisateurs connus, dans une rubrique appelée Final Cut. On va donc organiser un va et vient entre productions sur le site et à l’antenne. Tout sera fait dans un cadre légal. On reconnaîtra les droits des gens qui produisent sur Internet. Il ne s’agit pas d’avoir des choses à pas cher !

Pour chaque numéro, l’émission est produite 1 mois à l’avance. N’est ce pas dommage par rapport à l’actualité des festivals par exemple, comme celui de Clermont-Ferrand qui débute ces jours-ci ?
Tout à fait ! C’est là qu’Internet est très important. Pour des raisons techniques comme le traitement multilingue et le sous-titrage, Arte a besoin d’un mois de délai pour ses émissions. Ce qui nous empeche d’etre tres réactif à l’antenne. Donc grâce à Internet, on va pouvoir proposer d’autres reportages à chaud, des exclus.

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Jeudi 4 janvier 2007
en partenariat avec www.imedias.biz

L'ancienne Madame Cinéma de Canal+ présente Jour de fête sur France 2, le magazine mensuel de cinéma dont elle a pris les rênes en mars dernier. Elle fait le point sur l'audience, le contenu et la programmation de l'émission.

Des rumeurs ont couru il y a quelques semaines disant que le numéro de Jour de fête de décembre serait peut être le dernier. Des rumeurs que vous vous êtes empressée de démentir…
Isabelle Giordano : Oui, je n'ai rien de plus à dire. L'émission continue, tranquillement. Les gens posent souvent cette question sur les émissions à cette période de l'année… C'est la ritournelle habituelle.

On l'a vu avec Comme au cinéma l'émission, présenter un magazine de cinéma sur France 2 relève du défi. Vous attendiez vous à de telles difficultés ?
J'ai toujours été habituée à avoir beaucoup de critiques. Je ne veux pas reprendre une vieille formule qui existe, mais je ne suis pas là pour plaire à tout le monde. Quand on fait une émission de cinéma, on sait que l'on déplait parce que le cinéma il n'y a rien de plus subjectif. Il y a des gens qui aiment ou qui n'aiment pas James Bond par exemple. Les gens ont toujours un avis à donner sur le cinéma et en plus les avis sont très très variés. Donc je sais que c'est loin d'être consensuel. Franchement moi je mène mon chemin de façon très tranquille. J'ai accepté effectivement de présenter cette nouvelle émission sur France 2. On m'a demandé d'avoir un objectif d'audience qui était au minimum entre 10 et 12 %. J'ai toujours été largement au-dessus de 12 % depuis le début. Voilà. Je suis vraiment très tranquille et très sereine. Je me moque totalement de l'audience et de ce qu'on pense de moi. J'essaye surtout de faire une émission qui soit intelligente, qui donne des clés, des décryptages sur le cinéma, sur ce qui sort, sur la raison des films car je pense que ça n'est jamais innocent quand il y a tel ou tel film à telle ou telle époque de l'année.

Pensez-vous avoir rehaussé l'image du magazine de cinéma façon France 2 ?
Ce n'est pas à moi de le dire mais j'ai l'impression que l'émission a quand même une bonne image. C'est-à-dire que le lobby du cinéma - qui est très puissant - apprécie parce qu'on a effectivement remis en place certaines choses. Ce n'est pas uniquement une émission de bandes-annonces ; il y a de la place pour le débat, l'information, le reportage. J'ai l'impression que le lobby s'y retrouve et surtout l'émission marche bien. La dernière a fait 13,7. C'est une émission qui peut continuer sa route sereinement. Je ne suis pas là non plus pour faire les scores de Cauet sur TF1. Si je devais faire ça, je ne ferais pas une émission de cinéma, je ferais des choses beaucoup plus spectaculaires. On sait comment faire quand on veut faire de l'audience. Il suffit de se mettre en robe légère, de faire du scandale, du tapage et là on est sur de marcher !!! Je connais la recette, mais je ne l'applique pas !

Ce problème récurrent d'audience n'est il pas tout simplement lié à la périodicité de l'émission ?
Oui, je le pense. Je l'ai toujours dit. C'est un obstacle à la fidélisation du public. Faire une émission une fois par mois, c'est déjà compliqué et elle n'est même pas inscrite dans le calendrier, c'est-à-dire qu'on ne peut pas dire si elle est diffusée le premier ou le dernier mardi de chaque mois. Mais ça n'est pas mon affaire ; c'est celle des programmateurs. France 2 a décidé de la programmer de telle manière ; je pense que ça n'est pas du tout la bonne manière de faire monter l'audience et de fidéliser le public. Les gens ne sont parfois même pas au courant que l'émission passe à la télévision. Mais là c'est au delà de mes forces. J'essaye déjà de faire un bon programme ; je ne m'occupe pas de la programmation.

Pourquoi ne pas changer cela alors ?
Je crois qu'il y a vraiment un désamour. Les gens de la télévision utilisent les gens du cinéma, les stars, les acteurs pour les mettre dans toutes sortes d'émissions de divertissement. Mais dès qu'il s'agit de parler intelligemment du cinéma, il n'y a plus personne. Les émissions de cinéma ne sont pas très bien traitées. Ca peut bien sur être très divertissant ; c'est toujours agréable d'avoir Gad Elmaleh qui fait le pitre sur le plateau par exemple. Mais pour moi le cinéma c'est de l'information et quelque chose de sérieux. Les gens de télé ne pensent pas ça !
L'évolution que j'ai pu constater, c'est qu'on utilise de plus en plus les acteurs, notamment les comiques, dans les émissions de divertissement. A mon niveau, j'essaye d'instaurer un débat par mois sur le cinéma, que ce soit sur la présence des minorités dans le cinéma au moment d'Indigènes, le fait qu'il y ait peu de films politiques en France. Ce soir, je propose un débat sur la violence au cinéma : est ce que la commission de classification de censure est plus dure qu'elle ne l'a été à un moment. J'essaye juste de poser des questions comme ça, très simples et de créer du débat autour du cinéma.

Envisagez-vous par la suite de présenter l'émission en direct, comme cela avait été fait à une époque pour Comme au cinéma l'émission ?
Moi j'adorerais, mais ça n'est pas d'actualité. Le montage permet de faire un produit plus fini, on sélectionne le meilleur. C'est pour offrir un écrin à cette émission qui n'est que mensuelle et faire en sorte qu'elle soit comme un petit bijou.
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Jeudi 4 janvier 2007
en partenariat avec www.imedias.biz

L'ancienne Madame Cinéma de Canal+ présente Jour de fête sur France 2, le magazine mensuel de cinéma dont elle a pris les rênes en mars dernier. Elle fait le point sur l'audience, le contenu et la programmation de l'émission.

Des rumeurs ont couru il y a quelques semaines disant que le numéro de Jour de fête de décembre serait peut être le dernier. Des rumeurs que vous vous êtes empressée de démentir…
Isabelle Giordano : Oui, je n'ai rien de plus à dire. L'émission continue, tranquillement. Les gens posent souvent cette question sur les émissions à cette période de l'année… C'est la ritournelle habituelle.

On l'a vu avec Comme au cinéma l'émission, présenter un magazine de cinéma sur France 2 relève du défi. Vous attendiez vous à de telles difficultés ?
J'ai toujours été habituée à avoir beaucoup de critiques. Je ne veux pas reprendre une vieille formule qui existe, mais je ne suis pas là pour plaire à tout le monde. Quand on fait une émission de cinéma, on sait que l'on déplait parce que le cinéma il n'y a rien de plus subjectif. Il y a des gens qui aiment ou qui n'aiment pas James Bond par exemple. Les gens ont toujours un avis à donner sur le cinéma et en plus les avis sont très très variés. Donc je sais que c'est loin d'être consensuel. Franchement moi je mène mon chemin de façon très tranquille. J'ai accepté effectivement de présenter cette nouvelle émission sur France 2. On m'a demandé d'avoir un objectif d'audience qui était au minimum entre 10 et 12 %. J'ai toujours été largement au-dessus de 12 % depuis le début. Voilà. Je suis vraiment très tranquille et très sereine. Je me moque totalement de l'audience et de ce qu'on pense de moi. J'essaye surtout de faire une émission qui soit intelligente, qui donne des clés, des décryptages sur le cinéma, sur ce qui sort, sur la raison des films car je pense que ça n'est jamais innocent quand il y a tel ou tel film à telle ou telle époque de l'année.

Pensez-vous avoir rehaussé l'image du magazine de cinéma façon France 2 ?
Ce n'est pas à moi de le dire mais j'ai l'impression que l'émission a quand même une bonne image. C'est-à-dire que le lobby du cinéma - qui est très puissant - apprécie parce qu'on a effectivement remis en place certaines choses. Ce n'est pas uniquement une émission de bandes-annonces ; il y a de la place pour le débat, l'information, le reportage. J'ai l'impression que le lobby s'y retrouve et surtout l'émission marche bien. La dernière a fait 13,7. C'est une émission qui peut continuer sa route sereinement. Je ne suis pas là non plus pour faire les scores de Cauet sur TF1. Si je devais faire ça, je ne ferais pas une émission de cinéma, je ferais des choses beaucoup plus spectaculaires. On sait comment faire quand on veut faire de l'audience. Il suffit de se mettre en robe légère, de faire du scandale, du tapage et là on est sur de marcher !!! Je connais la recette, mais je ne l'applique pas !

Ce problème récurrent d'audience n'est il pas tout simplement lié à la périodicité de l'émission ?
Oui, je le pense. Je l'ai toujours dit. C'est un obstacle à la fidélisation du public. Faire une émission une fois par mois, c'est déjà compliqué et elle n'est même pas inscrite dans le calendrier, c'est-à-dire qu'on ne peut pas dire si elle est diffusée le premier ou le dernier mardi de chaque mois. Mais ça n'est pas mon affaire ; c'est celle des programmateurs. France 2 a décidé de la programmer de telle manière ; je pense que ça n'est pas du tout la bonne manière de faire monter l'audience et de fidéliser le public. Les gens ne sont parfois même pas au courant que l'émission passe à la télévision. Mais là c'est au delà de mes forces. J'essaye déjà de faire un bon programme ; je ne m'occupe pas de la programmation.

Pourquoi ne pas changer cela alors ?
Je crois qu'il y a vraiment un désamour. Les gens de la télévision utilisent les gens du cinéma, les stars, les acteurs pour les mettre dans toutes sortes d'émissions de divertissement. Mais dès qu'il s'agit de parler intelligemment du cinéma, il n'y a plus personne. Les émissions de cinéma ne sont pas très bien traitées. Ca peut bien sur être très divertissant ; c'est toujours agréable d'avoir Gad Elmaleh qui fait le pitre sur le plateau par exemple. Mais pour moi le cinéma c'est de l'information et quelque chose de sérieux. Les gens de télé ne pensent pas ça !
L'évolution que j'ai pu constater, c'est qu'on utilise de plus en plus les acteurs, notamment les comiques, dans les émissions de divertissement. A mon niveau, j'essaye d'instaurer un débat par mois sur le cinéma, que ce soit sur la présence des minorités dans le cinéma au moment d'Indigènes, le fait qu'il y ait peu de films politiques en France. Ce soir, je propose un débat sur la violence au cinéma : est ce que la commission de classification de censure est plus dure qu'elle ne l'a été à un moment. J'essaye juste de poser des questions comme ça, très simples et de créer du débat autour du cinéma.

Envisagez-vous par la suite de présenter l'émission en direct, comme cela avait été fait à une époque pour Comme au cinéma l'émission ?
Moi j'adorerais, mais ça n'est pas d'actualité. Le montage permet de faire un produit plus fini, on sélectionne le meilleur. C'est pour offrir un écrin à cette émission qui n'est que mensuelle et faire en sorte qu'elle soit comme un petit bijou.
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Mercredi 22 février 2006
Rencontre avec le cinéaste Marc Isaacs. L'un de ses documentaires est diffusé ce jeudi à 22h05 sur Arte, Calais, la dernière frontière. A ne manquer sous aucun prétexte!

Il y a de ces rencontres qui vous redonnent la foi... la foi dans le journalisme et en une télé intelligente.
Ce samedi soir au Carré Davidson de Tours, dans une salle minuscule mais bondée, Marc Issacs était là dans toute sa simplicité. Simplicité dans son apparence et dans sa manière de s'adresser au public. C'est sûrement ce petit plus qui lui permet de faire des documentaires d'une telle qualité, en particulier par la richesse de ses interviews dans Lift ou Calais, la dernière frontière. Ces 2 docs, réalisés respectivement en 2001 et 2003, étaient projetés tous deux dans le cadre du festival Sans Canal Fixe à tours, la semaine dernière.
Lift, c'est tout simplement la vie d'une communauté londonienne à travers un ascenseur.
Calais, la dernière frontière, c'est la confrontation de deux mondes: une certaine bourgeoisie britannique qui arrive en France pour faire le plein de bière, vin et fromage; des immigrés qui cherchent l'asile en Angleterre.
Ces 2 documentaires proposent une certaine vision de la population immigrée en Grande-Bretagne et en France. Ceux qui ont déjà réussi à émigrer en Grande-Bretagne et ceux qui y aspirent.
Morceaux choisis de la rencontre avec Marc Isaacs, documentariste britannique, qui travaille pour la BBC notamment.
 
Quel a été le point de départ de Lift?
L'idée de l'ascenseur m'est venue quand je travaillais sur un long métrage de fiction qui était tourné dans un grand immeuble dans une ville en bord de mer en Angleterre, un peu comme Calais, où il y a beaucoup de réfugiés.
A passer du temps dans l'ascenseur, l'idée m'est venue. Je voulais trouver le même genre d'endroit multiculturel, mais pas le même. Dès le premier endroit je suis tombée sur la vieille dame que l'on voit dans le doc. Je voulais pouvoir faire un portrait de l'immigration.
 
Combien de temps avez-vous passé dans l'immeuble?
Le tournage a duré un mois. Parfois, je filmais une heure, parfois 10 par jour. Au bout d'un moment, je connaissais leur routine donc je pouvais attendre les locataires que je voulais voir.
Je devais faire partie de la vie du batiment, en y passant beaucoup de temps pour pousser à la confidence. Je n'ai rencontré personne avant de commencer à tourner, mais je leur avais écrit. Et un assistant les a rencontrés pour leur parler du projet et apprendre à les connaitre.
 
Comment avez-vous sélectionné les personnages?
Je n'ai pas chois les personnages finalement; c'est eux qui m'ont choisi!
Pour Calais, j’ai fait 2-3 semaines de repérages sur place. J’ai d’abord rencontré Steve le barman. J’ai découvert les lieux de tournage : la baraque à frites, les restes du centre de Sangatte, l’hotel Bristol, etc. Ensuite, quand je suis retourné à Calais pour filmer, j’ai rencontré Ijazh., puis Paul. Mais il me manquait un personnage pour l’histoire du lieu : Tulia était la femme de la situation ! Parfois, on a un coup de chance !
 
Comment parvenez-vous à installer un tel climat de confiance avec vos personnages?
Je passe beaucoup de temps avec les gens. On établit une relation, mais c'est une relation assez bizarre car je ne suis pas trop proche d'eux. J'essaye aussi de faire en sorte que les gens me donnent certaines choses pour la première fois devant la caméra. J'attend aussi que les gens aient confiance pour leur demander certaines choses. La magie du documentaire, c'est que certaines choses ne se passent qu'une fois.
 
Quel est votre rapport avec la télévision?
Il faut parfois mentir pour arriver à faire ce qu'on veut faire. Les gens qui font de la télé sont là un jour, mais pas forcément le lendemain. Moi, je continue à faire des films. C'est plus facile en France qu'en Angleterre: les Français ont une vision beaucoup plus intelligente du cinéma. Arte a acheté mon doc sur Calais tout de suite.

"La télé, c'est juste une machine qui lâche de l'argent... Ce que les gens de télé diffusent leur importe peu... Pour moi, c'est une partie de ma vie!"

Marc Isaacs
 

La caméra a un pouvoir indéniable sur les gens que vous filmez...
Je pense que certaines personnes se sentent obligées de dire une certaine forme de vérité devant la caméra. C’est le cas de Tulia (dans Calais, la dernière frontière) qui m’a dit des choses très personnelles. On a tous au fond de nous un désir de laisser une certaine trace de son passage.

 

Ne pensez vous pas que les gens que vous avez filmé dans Calais ont une vision idéalisée de la Grande-Bretagne?
La plupart de ces gens parlent anglais. Les passeurs, qui organisent les trafics, vantent les mérites de la Grande-Bretagne. C’est très facile de se cacher là-bas et il n’y a pas encore de carte d’identité. Il y a aussi plein de petites communautés où trouver refuge ; il y a des petits Afghanistan, etc. où il est facile de trouver du travail, etc. Beaucoup de gens à Londres viennent d’ailleurs, donc la police ne va pas vous arrêter dans la rue parce que vous avez la peau foncée.


"A Londres, vous pouvez vous cacher et ça met du temps avant de vous faire expulser si vous cherchez l’asile."

Marc Isaacs

 

Quels sont vos projets?
Je suis en train de tourner un film sur un rabbin anglais qui vit avec ses sept femmes. Ca parle de sa famille. Cet homme se prend pour un patriarche à l’ancienne. C’est une sorte d’anti-héros. Je viens de finir aussi un film qui passera sur Arte bientôt. Il parle des premières amours de 2 jeunes enfants dans une commune isolée, le tout dans une narration rimée. C’est encore un documentaire narratif qui s’appelle Un jour mon prince viendra.


 

* Propos recueillis au Carré Davidson à Tours dans le cadre du festival Sans Canal Fixe 2006
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Jeudi 14 juillet 2005

Guillaume Laurant est désormais célèbres pour avoir écrit le scénario du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. Il est également l'auteur du scénario d'Effroyables Jardins et plus récemment d'Un long Dimanche de Fiançailles. Il a souvent collaboré avec Jean-Pierre Jeunet, déja à l'époque de La Cité des enfants perdus et d'Alien, la résurrection. Que dire d'autre: il est également romancier (il a publié le livre Les années porte-fenêtre aux éditions du Seuil), il est marié à l'actrice Isabelle Huppert, et simplement qu'il'est une personne très accessible et sympathique. Il aime visiblement son métier!

 

Son actualité : il prépare le scénario du prochain film d'Alain Chabat, adapté de la bande-dessinée du Marsupilami.

 

Vous travaillez actuellement sur l'adaptation au cinéma du Marsupilami...

La particularité de ce projet, c’est qu’Alain Chabat a négocié les droits, non pas de Spirou et Fantasio c'est-à-dire l’intégralité de l’histoire, mais uniquement du personnage du Marsupilami. D’où la nécessité pour lui de créer toute une histoire complètement inventée où sera intégré le Marsupilami et qui n’a pas le droit de ressembler trop à l’histoire de Champignac. Techniquement, a priori, le personnage sera incrusté avec des acteurs normaux, comme dans Qui veut la peau de Roger Rabbit. Évidemment, ça sera un film familial, grand public et pas avant-gardiste évidemment !

 

Est-ce que vous avez relu toutes les BD ou pas du tout pour pouvoir vous en détacher ?

Il y a des livres, par exemple Un Long dimanche de fiançailles, je l’ai lu peut être douze fois, je l’ai épluché dans tous les sens, alors qu’ Effroyables Jardins, je ne l’ai lu que deux fois au total. Pour le Marsupilami, il fallait voir toutes les particularités de l’animal qui pouvaient être utilisées et aussi savoir quoi ne pas choisir. L’animal sera comme il est, avec d’autres facultés. Se pose notamment la question de comment l’animal va s’exprimer car dans la BD, il ne dit que Houba. En tout cas, j’ai un peu de mal à parler du projet car le travail est encore en chantier.

 

Qu’est ce qui vous a séduit dans le projet ? Le pari de faire vivre un personnage de BD ? Le fait de créer entièrement un scénario avec le Marsupilami ?

C’est un mélange de tout ça. Aujourd'hui, je préfère devoir tout inventer, plutôt que d’adapter fidèlement la BD, même si c’est périlleux. Cet animal est mythique, séduisant. Il a une joie de vivre. J’ai envie de créer une histoire, un contexte. Pour le moment, la première envie, c’est de l’avoir dans son contexte naturel, dans la forêt tropicale. J’aime bien cet aspect là.

 

Il y aura la patte Chabat. Ca sera un peu acide…

Oui, bien sûr.

 

Y a t-il des films adaptés de BD qui vous inspirent pour adapter le Marsipulami?

J’en trouve pas comme ça ! C’est toujours un petit peu le même problème au cinéma : il y a un moment, l’idée vient de faire Astérix, qui est une vraie recette, à tous les sens du terme, et à ce moment, tout le monde a envie d’adapter une BD. Iznogoud, même Tintin. Jean-Pierre Jeunet a été relativement loin dans la discussion avec les héritiers pour faire un film à partir de Tintin. J’avais relu tout Tintin, et là où ça a posé un problème, c’est que les héritiers voulaient qu’on ne prenne qu’un seul album, et nous on trouvait que dramatiquement, pour que ça soit assez nourri pour faire un film, on voulait mélanger au moins trois ou quatre albums. Les héritiers n’ont pas voulu et c’est là que le projet s’est arrêté. Je ne réponds pas du tout à votre question, mais c’est pas grave !

 

C'est un challenge d'adapter une BD comme le Marsipulami... Les fans vont vous attendre au tournant...

Je pense que c’est le même problème pour la littérature. Quelqu'un qui a vraiment aimé un livre, pour son atmosphère, pour des tas de raisons profondes, doit être presque toujours déçu par son adaptation au cinéma. C’est presque une règle. C’est rare que l’on ait des surprises dans l’autre sens. Une bande dessinée, a priori, peut s’y prêter plus, mais théoriquement, car ça a en commun avec un film d’être une histoire racontée en image. Mais en même temps, à partir du moment où ça devient une image de cinéma, même le cadrage qui est fait naturellement dans la BD n’a plus rien à voir avec celui d’un film. On ne retrouve jamais ce qui fait la nature même d’une bande dessinée, liée à la couleur, le graphisme. Ca sera jamais tout à fait la même chose.  On doit prendre un parti pris par des choix ou esthétiques ou narratifs, qui peut être un résultat réussi après, mais qui sera de toute façon autre chose.


Quels sont les critères d’adaptabilité pour une BD ?

C’est assez difficile. Il y a plusieurs paramètres : ça a en commun au film d’être une histoire racontée en images donc forcément on est sensible à l’univers visuel.  Mais en même temps, c’est pas forcément ça  qui va être adapté en premier. Ce qui rend adaptable la BD, c’est avant tout la qualité du scénario. On peut être amené à délaisser une BD qui aurait des qualité de dessin exceptionnelles car on ne fait pas le même choix que quand on choisit simplement la meilleure BD. Les autres paramètres : quelle est la possibilité de transcrire l’ambiance particulière qu’il y a dans le dessin à l’écran? par exemple.

 

Etes-vous un grand lecteur de BD ?

Non, je ne suis pas un découvreur de BD. Je n’y passe pas mon temps, mais j’ai lu énormément de romans étant jeune, de manière un peu maladive. Quand j’ai un peu de temps pour moi, j’ai plus de plaisir à m’immerger dans une BD que dans un roman.

 

Propos recueillis lors de festival De l'Encre à l'écran à Tours, en mars 2005, où Guillaume Laurant était l'invité d'une discussion sur l'adaptation de la BD au ciné

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Lundi 4 juillet 2005

 

Jean-Pierre Sinapi est le réalisateur de Camping à la ferme (lire chronique). Il a également tourné auparavant Nationale 7 et Vivre me tue. C'est un ancien professeur, passé par l'écriture de scénario pour des feuilletons de l'été à la télé avant de se lancer dans la réalisation pour le grand écran. Il continue à tourner pour la télé.

 

Pourquoi avoir choisi des comédiens amateurs pour interpréter les 6 rôles principaux?

J’aurais pu chercher des jeunes comédiens professionnels, mais j’avais très peur de tourner dans le cliché. Donc je me suis dit, le seul moyen d’éviter ça, c’est de trouver des jeunes comédiens amateurs authentiques et vrais à l’écran.
La première impression qui comptait, c’est que je les trouve d’emblée sympathique. Je leur demandais de se présenter et de faire une petite impro à partir d’une séquence du scénario ; et je voyais s’ils avaient naturellement un don de comédien. Être comédien, c’est un vrai travail donc il fallait qu’ils soient naturels. Je voulais aussi voir leur capacité d’écoute. Je les ensuite formés. J’en ai gardé 5 au final et le 6e était un jeune avec une petite expérience de comédien, qui joue le rôle de Luigi.

 

Qu'ont-ils pensé du film?

Ils sont ravis du film. Ils y croyaient pas ; ils n'y ont jamais cru. Ils ont mis du temps à réaliser. Ca a été une belle aventure sur le plan cinématographique et sur le plan humain. Pas toujours facile, mais une belle aventure !

 

Pourquoi aborder des questions sociales dans Camping à la ferme, notamment celui du handicap?

Déjà à l’époque de Nationale 7, je m’intéressais aux questions sociales. Il y a une certaine constante dans mon travail. Mon second long-métrage, Vivre me tue, parlait de la difficulté de jeunes Maghrébins nés en France de s’insérer dans la société française. Pour moi, faire du cinéma, ce n’est pas seulement faire rire les gens, remplir les salles; il est nécessaire que mes films ait une vraie nécessité à exister.

 

Camping à la ferme est un film de commande...

Ce film a été écrit il y 3 ans par Azouz Begag, un sociologue et écrivain, qui vient d’être nommé ministre délégué à l’égalité des chances. Il cherchait un metteur en scène pour réaliser un film et a trouvé en moi l’homme de la situation. J’avais dit OK pour le scénario à condition de pouvoir le retravailler et y adapter mon univers, ajouter des personnages. Faire une commande, ce n’est pas dégradant ! C’est une commande qui répondait à plein de choses dont j’avais envie de parler.

 

"Mon titre à moi, c’était « Un mois ferme » !

Les producteurs ont dit « pas question » !"

 

Y a t-il eu de l'improvisation sur le tournage?

Si les dialogues sonnent si juste, c’est parce que pendant les 2 mois qu’on a répété, je laissais les comédiens libres d’improviser ou de mettre leurs dialogues en bouche, mais en respectant strictement la dramaturgie, sinon c’est plus possible !

Mais c'est un film où je n’ai eu que des galères! Les acteurs se sont mis en grève (pour être mieux payés!), l'un des acteurs un jour a eu une petite angine et ne voulait pas dire son texte, un autre des jeunes comédiens avait peur des guêpes (c'est problèmatique pour un tournage en pleine campagne!), certains avaient peur de rentrer dans une église pour le tournage, etc ! J'ai eu 15 jours galère sur 8 semaines : j’étais même prêt à réécrire le scénario pour éliminer des personnages !

 

Qui est le jeune handicapé dans le film?

Michael est un jeune garçon handicapé. Il n’a pas de mémoire immédiate donc c’était très compliqué pour apprendre les textes, mais ça lui donnait une force. C’est un môme formidable et ses parents sont fiers !

 

Pourquoi aborder le thème de la drogue dans Camping à la ferme?

Je n’aurais pas pu imaginer une seule seconde de faire un film de banlieue lisse, propre. Ils fument tous [des joints NDLR]! Autour de moi, il y a beaucoup de gens qui fument. Il n’y en a que 2 sur 6 qui fument dans l’histoire. Mais tout ça dans le film, c’est de l’ordre de la comédie. Pour moi, le pétard, c’est rien du tout. Aujourd'hui c’est le passage obligé, c’est l’initiation. Nous avant, c’était l’alcool. Si ils essayent autre chose c’est grave. Il ne faut pas abuser, c’est tout.

 

Propos recueilli lors de l'avant-première du film Camping à la ferme au cinéma Le Caméo à Nancy, le 22 juin 2005


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Vendredi 10 juin 2005

 

Stéphane Bouquet est rédacteur aux Cahiers du Cinéma. Il a écrit plusieurs ouvrages, dont Un Monde existe et Le Mot frère. Je l'avais rencontré à l'occasion des 50 ans des Cahiers du Cinéma, en 2002. 

 

Comment expliquez-vous la notoriété des Cahiers du Cinéma?

Ce qui fait véritablement la réputation des Cahiers du Cinéma, je pense, c’est d’abord globalement la Nouvelle Vague, c'est-à-dire l’idée qu’il y a eu un moment dans l’histoire du cinéma où un groupe de jeunes critiques de cinéma a décidé de prendre la relève des cinéastes dont ils parlaient et de montrer quelle pratique ils pouvaient avoir de leur théorie. Il y a eu toute une mise en place pendant les années 50 d’une théorie qu’on appelle la politique des auteurs qui consistait à dire que le véritable auteur du film c’était le metteur en scène, et que finalement peu importait le scénario qui était traité et qui était mis en image. Ce qui importait, c’était la façon de le mettre en image. Cette théorie a été lancée à la fois par cette jeune génération, et ensuite mis en expérience par les mêmes quelques années plus tard qui ont fait des films, ce que l’on appelait la Nouvelle Vague globalement, et qui ont largement révolutionné le cinéma français en tout cas.

 

Qu’est ce qui explique la longévité des Cahiers du Cinéma ?
Il y a eu par cet effet d’intervention dans le champ cinématographique, dans la fabrique véritablement du cinéma, un fort effet de notoriété qui a été accolé aux Cahiers du Cinéma. Et puis ensuite, il y a eu tout un re-travail théorique qui a été très important aux Cahiers du Cinéma, et qui a fait que les Cahiers ont suivi plus ou moins les grandes évolutions intellectuelles de la seconde moitié du XXe siècle. C’est-à-dire qu’ils ont été influencés par le structuralisme, par le maoïsme, par un certain gauchisme dans les années 70. Et pendant très longtemps, les Cahiers du Cinéma ont été -avec un peu de retard souvent, mais avec une certaine profondeur, on peut le dire comme ça- représentatif de l’évolution de la scène intellectuelle française, et ont appliqué ces concepts qui étaient plus ou moins opérants selon les époques au cinéma. Je pense par exemple à toute la période très très maoïste où il s'est agi de redéfinir d'un point de vue idéologique le cinéma. Si pendant les années 50 les Cahiers du cinéma avait défini le concept de la politique des auteurs à partir du cinéma américain, dans les années 70 ils ont repris les mêmes films et essayé de voir comment on pouvait avoir une pensée politique du cinéma et comment en fait les films que l'on avait aimé dans les années 50 étaient aimés pour de mauvaises raisons puisqu'ils étaient représentatifs d'un certain nombre de traits de l'idéologie bourgeoise pour dire vite. Pour résumer, on peut dire que pendant 50 ans, les Cahiers du cinéma ont été tout à fait synchrone avec un certain nombre de conceptions idéologiques et ils ont toujours trouvé le moyen de l'appliquer à la sphère de l'image et du cinéma en particulier.
L'autre grand trait dominant, qui explique la longévité des Cahiers du cinéma, c'est que beaucoup de gens qui sont passés par les Cahiers du cinéma sont ensuite devenus soit scénaristes (Pascal Bonitzer, Jacques Fieschi), cinéastes (André Téchiné, Olivier Assayas, Jean-Claude Biette, Léos Carax, Patrice Leconte). Donc il y a cette deuxième grande vague qui fait qu'il y a toujours des points de passage des Cahiers du cinéma, longtemps revue théorique au cinéma

Comment fonctionne la rédaction des Cahiers du cinéma ?
Je pense qu'il faut faire une coupure dans cette histoire qui est globalement ce qu'il s'est passé il y a trois ans, c'est-à-dire la rachat par Le Monde des Cahiers du cinéma, qui fait que la rédaction a cessé de fonctionner comme elle l'a fait pendant longtemps. C'était globalement une rédaction d'amateurs, de gens relativement jeunes (on y rentrait quand on avait autour de 20 ans). Ils étaient jeunes à cette époque pour la simple raison que ce n'était pas payé du tout, ça demandait beaucoup d'investissement, beaucoup de temps, etc. donc ça ne pouvait être fait que par des gens qui étaient vraiment disponibles. Et puis au bout d'un moment, la vie passant, il fallait faire autre chose pour quand même vraiment gagner sa vie. Aujourd'hui avec le rachat par Le Monde, ça a professionnalisé la revue et maintenant on peut gagner sa vie pas trop mal en travaillant aux Cahiers du cinéma. C'est plus une première étape du métier de journaliste qu'avant en fait. Je pense que c'est ça qui a beaucoup changé. Pendant longtemps on écrivait pas aux Cahiers du cinéma pour devenir journaliste mais parce qu'on aimait le cinéma, on aimait la critique, on aimait l'écriture. Et ensuite on se destinait à faire autre chose, soit dans le cinéma, soit dans l'écriture. Aujourd'hui c'est un peu moins vrai. Mais la rédaction est toujours assez jeune et ils sont venus là par cinéphilie profonde. Ce qui a changé aussi c'est que pendant longtemps les critiques des Cahiers du cinéma étaient des gens qui n'avaient pas fait d'études de cinéma ; aujourd'hui ils en ont fait pour la majorité. Ce qui conduit aussi à professionnaliser la revue.

 

    

 

 


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